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Un budget 2020 mi-figue, mi raisins

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Budget 2020

Un budget 2020 mi-figue, mi-raisin

Le Gouvernement présente aujourd'hui son projet de loi de finances 2020. Que doit-on en retenir ?
Gérald Darmanin - Bruno Le Maire
Gérald Darmanin - Bruno Le Maire

En 2020, les contribuables verront leur impôt sur le revenu réduit de 5 milliards d'euros, conformément à la promesse faite par Emmanuel Macron à l'issue du Grand débat national. Cette baisse de la fiscalité permettra de lisser l'entrée dans l'impôt pour les nouveaux contribuables, avec une baisse de 3 points du taux d'imposition de la première tranche (de 14 à 11 %), qui concerne 12,2 millions de foyers, sur les 16,8 millions qui payent l'impôt sur le revenu. Les 4,7 millions de contribuables relevant de la tranche à 30 % bénéficieront, eux, d'une baisse d'environ de 125 euros pour un célibataire et de 250 euros pour un couple. Concrètement, hors crédits d’impôts et abattement de 10 %,  ce sont les couples avec trois enfants qui vont le plus y gagner avec une baisse de leurs impôts de près de 43 % lorsque leur revenu est égal à 56.000 euros.

Concernant l’État, ce sont les ministères régaliens qui sortent gagnants de ce budget 2020. Le ministère de l’Intérieur voit son budget augmenter de 740 millions d’euros (+ 4 %). Sur cinq ans, 2 milliards d’euros sont prévus pour créer 10.000 nouveaux postes. Avec 1.300 postes gagnés en 2020 (+ 0,4 %), l’Intérieur sera le ministère qui verra la plus forte hausse du nombre de fonctionnaires. Le ministère des Armées, lui, va connaître la plus forte hausse de son budget avec 1,53 milliard d’euros de crédits supplémentaires (+ 4  %). La loi de programmation militaire avait acté l’engagement de l’État d’augmenter de 1,7 milliard d’euros par an les crédits de la mission "Défense" (nouveaux programmes d’armements, défense spatiale, cybersécurité). Les suppressions de postes dans la fonction publique d'État promises par Emmanuel Macron durant sa campagne présidentielle de 2017 sont moins évidentes. Seules 47 suppressions de postes sont prévues l’an prochain. L’objectif de suppressions de postes sur l’ensemble du quinquennat avait été ramené à 10.500, alors qu’il était de 50.000 au début du quinquennat. En 2018, 1.079 postes ont été supprimés et 4.164 autres devraient l'être en 2019. Au final, il faudrait donc effectuer une suppression nette de 5.210 postes en deux ans (2021 et 2022) pour atteindre l'objectif des 10.500.

Ces derniers temps, l'on a spéculé à maintes reprises en vue de savoir à quelle sauce fiscale les entreprises allaient être mangées. Sur 2020, la baisse nette de leurs impôts se chiffre à 1 milliard d'euros ; 2,5 milliards d'euros de la baisse de l'impôt sur les sociétés avec en balance : une hausse de 600 millions d'euros liée à la suppression du crédit d'impôt sur les taxes et les salaires, une hausse de 400 millions d'euros liée à la limitation de la déduction de la taxe forfaitaire spécifique (cotisations patronales), 300 millions d'euros pour la réforme de la taxation des plus-values brutes à long terme et enfin 200 millions pour la suppression de la niche fiscale liée au gazole non routier.

Du côté de la trajectoire budgétaire, le PLF 2020 prévoit une baisse du poids de la dépense publique en France, qui représenterait 53,4 % du PIB l'an prochain contre 53,8 % en 2019 et 55 % en 2017.  La dépense publique devrait cependant encore être supérieure de 25 milliards en valeur absolue par rapport à 2019, soit une progression quasi similaire à celle constatée l'an dernier. Ainsi sa progression en termes réels (en l'ajustant de l’inflation) sera de + 0,7 % en 2019 et 2020. Le déficit va bien baisser l’an prochain, après le pic atteint cette année (3,1 %, à cause du CICE), mais il se situera à 2,2  % du PIB, contre 2  % initialement prévu par le gouvernement. Plus important à moyen terme, le déficit structurel (le déficit ajusté du cycle) restera stable, contrairement aux efforts demandés par la Commission européenne. 

Au-delà de tous ces artifices et tours de passe-passe budgétaires, la dette, elle, ne ment pas, et vient d'atteindre 99,5 % du PIB selon un chiffre de l'INSEE publié ce matin. Dans son PLF, le Gouvernement table sur une dette publique à 98,8 % du PIB à fin de l'année, puis 98,7 % en 2020. Les traders de l'Agence France Trésor vont devoir être encore particulièrement efficaces pour couvrir le besoin de financement de l'État. Ils ont levé près de 200 milliards d'euros par an durant ces deux dernières années et devraient lever 205 milliards d'euros l'année prochaine. Ils seront bien aidés par la politique monétaire de Mario Draghi. De fait, le Gouverneur de la Banque centrale européenne pourrait permettre à la France d'économiser 1 milliard d'euros supplémentaire en charge de la dette par rapport à ce qui était prévu pour 2020 (à niveau de taux d'intérêt de septembre 2019 constant), selon le très récent avis du Haut Conseil des finances publiques.

 

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