Politique économique / Budget 2020 / Emmanuel Macron / Bercy
Politique économique
Budget 2020 / Emmanuel Macron / Bercy
La quadrature du cercle du projet de budget pour 2020
Les experts de Bercy qui se sont relayés tout l’été afin de préparer le projet de loi de finances pour 2020 qui sera présenté à la fin du mois de septembre, après son examen par le Conseil d’État, se sont arraché les cheveux. L’équation qu’ils avaient à résoudre était quasi insoluble : comment faire baisser les impôts des entreprises et des particuliers dans un contexte de croissance qui s’étiole tout en affichant un déficit budgétaire de 2,1 % et sans toucher aux dépenses publiques ?
À la rigueur le problème pourrait trouver une solution si la croissance économique était là et apportait des rentrées fiscales – notamment en matière de TVA et d’impôts sur les sociétés – plus importantes que prévu. Mais d’ores et déjà les économistes commencent à revoir à la baisse la croissance économique pour la France en 2020 à 1,2 %. Et ce chiffre est encore bien optimiste lorsqu’on sait que les Allemands viennent de décider de s’endetter de nouveau si leur croissance plonge l’an prochain. Car selon l’armateur Maersk qui promène à travers le monde le plus grand nombre de conteneurs, le commerce mondial est en train de plonger, indicateur avancé d’une chute de la croissance, voire de l’entrée en récession de certains pays.
Emmanuel Macron et Édouard Philippe espèrent que les 17 milliards d’euros mis sur la table afin de soutenir le pouvoir d’achat protégeront la France d’un effondrement de la croissance mondiale. Mais leur vœu pourrait bien être aussi pieux que celui de ceux qui pensaient que le nuage de Tchernobyl s’arrêterait à nos frontières orientales. Car on sait déjà que sur ces 17 milliards plus de la moitié ont été gonflés des Livrets A ou résorbés des découverts bancaires.
Keynes qui assurait qu’à long terme, nous serions tous morts, est mort lui aussi et sa politique de la demande semble avoir du plomb dans l’aile, comme en témoigne la situation hexagonale. En fait tout montre que le niveau de défiance dans la conduite de l’État et de ses finances est élevé. C’est ce qui freine les Français dans leur consommation, et les entreprises dans leurs investissements. Dans ces conditions, le 1,2 % de croissance anticipée l’an prochain pourrait être un mirage qui s’éloignera chaque trimestre. Ce qui signifiera une forte tension du côté du déficit budgétaire qui a peu de chance de se maintenir à 2,1 % en 2020 dans une conjoncture atone et sans économie dans la dépense publique. Une fois encore le Projet de loi de Finances va davantage ressembler à un vaste exercice de bricolage qu’à un outil au service du redressement du Pays.
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