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Boris Johnson courtise les entreprises à trois semaines du vote
Les deux grands partis britanniques ont promis de fastueuses dépenses pour relancer l'économie britannique s'ils emportent les élections du 12 décembre. Une façon de courtiser les électeurs du pays, à l'occasion d'un scrutin qui sera décisif pour l'avenir du pays dans l'Union européenne (UE). Le premier ministre Boris Johnson, qui s'exprimait ce matin devant la Confederation of British Industry (CBI), l'équivalent du Medef français, a ainsi annoncé qu'il mettrait en place d'importantes réductions d'impôts pour les entreprises, s'il est élu dans trois semaines. Le chef du gouvernement espère de la sorte s'attirer les bonnes grâces de la CBI, qui a milité pour rester dans l'UE pendant toute la campagne sur le Brexit et tenté sans succès de contrer les arguments du camp du "Leave", dont Johnson fut l'un des fers de lance. "Ne tournons pas autour du pot, les grandes entreprises ne voulaient pas de Brexit", a déclaré le Premier ministre. "Vous l'avez clairement exprimé en 2016, et cet organe l'a dit plus fort que tout autre. Mais ce qui est aussi clair, c'est que ce que vous voulez maintenant, et ce que vous voulez depuis un certain temps, c'est la certitude", a-t-il poursuivi.
S'il est élu, Boris Johnson a donc promis d'augmenter le seuil à partir duquel les entreprises commencent à payer les taxes sur l'emploi, de 3.000 livres à 4.000 livres, d'accroître l'allégement fiscal foncier dont elles doivent s'acquitter de 2 % à 3 % et d'augmenter l'abattement fiscal lié à la recherche et le développement, de 12 % à 13 %. Selon les calculs des conservateurs, ces mesures, combinées, devraient coûter au gouvernement un milliard de livres par année.
Les travaillistes devraient sauter sur l'occasion pour dénoncer le coût de ces annonces pro-business alors que les deux principaux partis se livrent combat sur le financement de leurs mesures de relance respectives depuis le début du mois. Il y a une semaine, les Tories ont affirmé que le programme du leader de l'opposition Jeremy Corbyn, représenterait plus de 1.200 milliards de livres de dépenses sur cinq ans. Sajid Javid, le ministre des Finances a même accusé le Labour de "vandalisme économique". Mais les conservateurs ne sont pas plus raisonnables en termes de dépenses : selon le think-tank indépendant Resolution Foundation, le poids des dépenses publiques dans le PIB devrait atteindre 41,3 % en 2023-2024 (l'année fiscale démarre en avril) si les conservateurs sont élus, et 43,3 % si ce sont les travaillistes.
Sur le sujet du Brexit cette fois-ci, le Premier ministre conservateur a également annoncé ce matin qu'il avait obtenu la promesse écrite de la part de chacun des députés conservateurs qu'ils soutiendraient son accord sur la sortie du Royaume-Uni lors du vote au Parlement, si les conservateurs remportaient les législatives. Une autre façon de rassurer les patrons qui redoutent que les élections n'aboutissent à un "Hung Parliament" (ndlr.sans majorité), qui rendrait encore plus difficile la poursuite des négociations avec l'UE. Rappelons que Boris Johnson s'est engagé à repousser la période de transition à décembre 2020. Il aurait donc tout juste un an pour négocier un accord commercial avec Bruxelles. "Il est fort probable que la période de transition soit de nouveau repoussée", estime ainsi Azad Zangana, Senior Economist Europe chez Schroders.
Mais pour négocier, il faudra un Parlement plus unifié avec une claire majorité. Selon les sondages publiés ce week-end, les conservateurs sont toujours en tête et obtiendraient une majorité de 40 sièges environ à Westminster. "Pour que le Labour l'emporte, il faudrait que plus de 10 % des électeurs changent d'intention de vote", explique ainsi Azad Zangana, Senior Economist chez Schroders à Londres. Un scenario selon lui peu probable. "Mais un virage de deux points des électeurs conservateurs vers le Parti travailliste suffirait pour aboutir à un parlement sans majorité", poursuit le responsable. Ce qui explique la bataille acharnée que mènent les deux partis depuis le début du mois. A ce titre, le premier débat télévisé de demain soir entre Jeremy Corbyn et Boris Johnson sera certainement suivi de très près, à la fois par les électeurs britanniques, et par les obeservateurs européens.
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