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Taux négatifs : les clients des banques allemandes payent la facture
Voilà qui risque d'alimenter le débat entre les gouverneurs lors de la prochaine réunion de politique monétaire de la BCE, le 12 décembre prochain. D'autant qu'elle constituera la première rencontre de ce type pour la nouvelle présidente, Christine Lagarde. Selon une enquête publiée par la BundesBank hier, 60 % des institutions financières du pays taxent les dépôts de leurs clients corporate et 20 % d'entre elles font de même sur leurs clients retail. Une conséquence directe de la politique de taux négatifs menée par Mario Draghi ces cinq dernières années, l'ex-président ayant même enfoncé le clou juste avant son départ, en abaissant le taux de la facilité de dépôt de 10 points de base, à -0,50 %.
L'enquête menée fin septembre (c’est-à-dire deux semaines après la baisse du taux de dépôt de la BCE) auprès de 220 prêteurs souligne que les banques, qui jusqu'à présent n'avaient répercuté le coût des taux négatifs que sur leurs clients corporate ou sur leurs gros comptes privés, sont de plus en plus nombreuses à faire payer les épargnants allemands. Commerzbank, le second plus gros prêteur du pays s'apprête à taxer ses clients les plus aisés (au-delà de 1 million d'euros), tandis que Volksbank a commencé à appliquer un taux négatif de 0,5 % à tous les dépôts supérieurs à 100.000 euros. 140 banques allemandes auraient ainsi commencé à faire payer les déposants afin de compenser le prix dont elles doivent elles-mêmes s'acquitter pour déposer leur argent.
Rappelons en effet que les banques de la zone euro sont contraintes de déposer à Francfort environ 1 % de leurs dépôts (soit 132 milliards d'euros), ce qui correspond au niveau de réserve obligatoire imposé par la BCE. Au-delà, les réserves des institutions sont donc désormais taxées à hauteur de 0,50 %. Selon les estimations, cette politique de taux négatif pratiquée par la BCE a coûté environ 6,9 milliards d'euros aux banques de l'UE et devrait atteindre 8,6 milliards maintenant que le taux de dépôt a été abaissé.
Certes, la BCE a tenté de compenser le coût de sa politique auprès des banques en mettant en place un système de tiering. Celui-ci permet d'exonérer du taux négatif une partie des liquidités excédentaires des banques : avec ce mécanisme, les banques pourront déduire des 1.732 milliards jusqu'à 6 fois leurs réserves obligatoires, soit 792 milliards d'euros. La nouvelle assiette taxable (à 0,50 %) ne sera donc plus que de 970 milliards d'euros, et la taxe annuelle s'élèverait à 4,85 milliards d'euros (au lieu de 8,6 milliards d'euros). Les banques "économisent" ainsi autour de 4 milliards d'euros.
Mais les taux négatifs mis en place depuis juin 2014 ont déjà trop pesé sur la rentabilité des banques, qui, malgré le nouveau mécanisme de tiering, ont fini par reporter le coût sur leurs clients, à l'exemple des institutions allemandes. Il est donc évident que les gouverneurs des pays dont les banques sont les plus impactées continueront de plaider auprès de Madame Lagarde pour sortir au plus vite d'une politique ultra accommodante, favorable à l'économie mais trop lourde pour les institutions financières.
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