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Politique monétaire / carte de paiement / BCE / SEPA

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Benoit Coeuré relance le débat sur la monnaie numérique publique

Lors d'une conférence sur l'avenir des moyens de paiement, le futur responsable du pôle "innovation technologique" de la BRI a déploré que l'Europe ne dispose toujours pas de système de carte européen, plus de vingt ans après l'adoption de la monnaie unique. Il a également évoqué l'idée d'une monnaie numérique publique émise par la BCE.
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La zone euro a certes fait des progrès en matière d'harmonisation bancaire, avec la mise en place d'un superviseur unique, un cadre de résolution des faillites et peut être bientôt un système européen de garantie des dépôts. Des mesures ont également été prises dans le domaine des systèmes de paiements, avec l'instauration d'une zone SEPA qui permet de traiter les paiements transfrontaliers au même coût et de manière aussi efficace et sûre que les paiements nationaux. Et la mise en place d'un système (intitulé TIPS), lancé il y a un an, permettant aux prestataires de services de paiement de transférer des fonds à leurs clients en temps réel, 24 heures sur 24, tous les jours de l'année. Mais il est un sujet sur lequel l'Union européenne (UE) est à la traîne : celui des systèmes de paiement au détail. C'est en résumé le message que Benoit Coeuré a souhaité transmettre ce matin à Bruxelles, lors d'une conférence sur l'avenir des moyens de paiement.

"Aucune solution européenne n'émerge pour les paiements au point de vente et en ligne", a ainsi affirmé le membre du directoire de la BCE. "Les fournisseurs nationaux n'ont pour l'instant pas été désireux d'agir de façon coordonnée", a-t-il ajouté. Bilan : vingt ans après l'adoption de l'euro, les citoyens du Vieux Continent ne disposent toujours pas d'un système de carte européen, dix pays possédant même un dispositif qui leur est propre et n'acceptant pas les cartes d'autres États de la zone.

Cette fragmentation des systèmes de paiement, a naturellement conduit à une augmentation notable de l'utilisation de cartes non européennes pour les paiements autres qu'en espèces. Fin 2016, la part des transactions effectuées avec des systèmes de cartes internationaux s'élevait à un peu plus des deux tiers. "Il est regrettable que les initiatives d'harmonisation passées n'aient pas permis d'explorer les importantes économies d'échelle qu'offre le marché unique", a déploré Benoit Coeuré. Surtout, cette dépendance aux systèmes de paiement internationaux n'est pas sans risque pour le consommateur final et les États de la zone dans leur ensemble. D'une part parce que cela affaiblit la protection des investisseurs, la stabilité financière et le respect des exigences en matière de lutte contre le blanchiment d'argent. D'autre part parce que cela fait également courir le risque que les puissants fournisseurs de services du marché mondial n'agissent pas nécessairement dans le meilleur intérêt des acteurs européens.

Dans ce contexte, le conseil des gouverneurs de la BCE a décidé de relancer début novembre sa stratégie en matière de paiement au détail, a rappelé Benoit Coeuré. Avec pour objectif d'encourager activement les initiatives du marché paneuropéen pour les paiements de détail sur le lieu de l'achat ou de l'interaction - ce que l'on appelle dans le jargon "les paiements au point d'interaction", ou POI (Point of Interaction). L'initiative de la BCE devra répondre à cinq objectifs : les citoyens européens devront pouvoir réaliser des paiements sur le lieu de l'achat dans toute l'Europe et de manière aussi efficace et sécurisée que dans leur propre pays. Ensuite, cette solution européenne de paiement de détail devra permettre aux consommateurs et aux commerçants de bénéficier d'une expérience de paiement facile, flexible, sécurisée et conviviale. Pour ce faire, les paiements devront pouvoir être effectués à l'aide de différents outils et instruments, tels que les cartes de paiement, les téléphones portables, les articles portables et les paiements instantanés, ainsi que par d'autres canaux et technologies potentiels.

La BCE envisage même la création d'une technologie de paiement instantané ad hoc, qui, selon elle "pourrait être la clé pour concevoir une solution plus efficace que les dispositifs existants". Les économies de coûts qui en découleront pour les commerçants finiront par faire baisser les prix à la consommation et profiteront à tous les citoyens. Tertio, cette nouvelle solution devra répondre aux exigences sécuritaires réglementaires, afin de protéger le consommateur contre des éventuelles fraudes. La BCE plaide ensuite pour l'instauration d'une carte et d'un logo commun à toute l'Europe afin de promouvoir l'identité européenne. Enfin, à plus long terme, et pour répondre pleinement aux besoins des utilisateurs finaux, cette nouvelle solution européenne devra également être accessible aux commerçants établis en dehors de l'UE. Ce qui permettrait de renforcer les économies d'échelle et l'adoption nationale.

Si des initiatives ont été prises par un certain nombre de grandes banques européennes pour créer une véritable solution paneuropéenne de paiement, il faudra désormais une feuille de route et un suivi de la part de la Commission européenne et des autres institutions de la zone pour accélérer ce chantier. La BCE, elle, s'engage à fournir une assistance technique sur le sujet. Et continuera d'observer l'évolution des modes de paiement, et notamment la disparition progressive des paiements en espèces. À ce titre, Benoit Coeuré a évoqué la possibilité pour la BCE d'émettre une monnaie numérique. Ce que la présidence finlandaise de l'UE a appelé de ses vœux le 6 novembre dernier. Un sujet que Benoit Coeuré, qui quitte son poste de Francfort dans quelques semaines, devrait continuer de suivre de très près, puisqu'à partir du 15 janvier prochain il sera responsable du pôle "innovation technologique" de la BRI.

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