Entreprises / Actions / SNCF / RATP / grève / retraites
Entreprises / Actions
SNCF / RATP / grève / retraites
La SNCF creuse un peu plus sa tombe
"En raison d'une grève nationale interprofessionnelle, la circulation ferroviaire restera perturbée sur l'ensemble du réseau". Voilà ce que les Français ne cessent d'entendre depuis bientôt deux mois dans les gares du pays et les stations de métro et RER parisiennes voire franciliennes, périodes de fêtes comprises.
Au delà de l'agacement, les pertes s'accumulent pour les groupes publics SNCF et RATP, et les Français le savent bien, à la fin, c'est eux qui passeront à la caisse. D'abord, il y a les contrôleurs de billets, qui, s'ils sont bien présents dans les TGV en circulation, peuvent à peine rentrer dans les trains intercités. Évidemment, il serait plutôt malvenu de la part de la RATP de mettre des points de contrôle habituels dans ce chaos urbain. C'est pourquoi on peut imaginer que les fraudeurs sont davantage présents, s'ajoutant au manque à gagner des tickets invendus aux touristes qui ont fui les transports, et aux Français qui ont préféré une trottinette électrique ou la traversée insupportable des kilomètres de bouchons dans la ville.
Sans compter les dégradations des usagers à bout de nerfs, qu'il faudra aussi réparer. Enfin, si les caisses sont vides, la RATP doit encore payer ses conducteurs qui ont l'obligation d'assurer 50% du transport normal aux heures de pointe, et ce pour chacun des sous-réseaux (tram, RER, bus, etc.). Selon certaines sources, le groupe public de transport parisien perd au moins 3 millions d'euros de chiffre d'affaires par jour de grève, si l'on ne compte que le manque à gagner sur la billetterie. Ainsi, en ce 34e jour de révolte, la RATP a au moins perdu 102 millions d'euros.
Quant à la SNCF, si vous avez acheté un billet de train pour voyager entre le 4 décembre 2019 et le 19 janvier 2020 (une date butoir qui s'éloigne sans cesse), vous pourrez échanger ou rembourser vos billets, sans frais. À ce jour, il n'y a pas eu de chiffres officiels sur le nombre de trains supprimés, mais la perte économique doit être grande pour une entreprise sans fonds propres. Le PDG du groupe ferroviaire Jean-Pierre Farandou, qui a tout intérêt à minimiser la somme pour ne pas effrayer les derniers investisseurs, a annoncé hier lundi 600 millions d'euros de manque à gagner. À ces pertes opérationnelles, vont s’ajouter les remboursements aux usagers. Bref, le milliard sera atteint sans aucune difficulté.
Lorsque l'on lit sur le site de l'Agence des participations de l'État la fiche "identité" du groupe SNCF - constitué depuis le 1er juillet 2015 par trois établissements publics industriels et commerciaux (EPIC), l'EPIC de tête, SNCF Réseau et SNCF Mobilités -, il est écrit que dans le cadre de la préparation de l'ouverture à la concurrence des marchés domestiques de voyageurs, le gouvernement a engagé une "réforme profonde du groupe public ferroviaire" pour en faire un service public "plus fiable" et "plus efficace". En ce début d'année, on peut dire que le pari est raté. Le manque à gagner des grèves va venir alourdir l'endettement colossal du groupe qui s'accroît d'année en année, et atteignait à la fin 2018, 54,5 milliards d'euros, selon les derniers résultats disponibles. C’est-à-dire que la SNCF (l'État) doit un peu plus que le budget alloué à l'Éducation nationale en 2018, aux investisseurs institutionnels qui ont accepté de lui prêter cet argent.
En parallèle de la loi pour un nouveau pacte ferroviaire, Édouard Philippe annonçait le 25 mai 2018 la reprise de 35 milliards d'euros de dettes de SNCF Réseau, héritière de Réseau ferré de France (RFF) et gestionnaire des infrastructures ferroviaires du pays (30.000 kilomètres de ligne), dont 20 milliards d'euros le 1er janvier dernier. Une façon pour l'État de cesser de débourser chaque année 1,5 milliard d'euros pour payer les intérêts et de respecter les nouveaux ratios d'endettement qu'exige le statut EPIC.
C'est pourquoi, la rébellion des cheminots viendra alourdir la facture déjà particulièrement salée de l'entretien et du maintien du réseau ferroviaire français pour le contribuable. Ce dernier devra rembourser bientôt une grande partie de la dette accumulée depuis l'existence du train en France, les annulations et retards des transports depuis des semaines, et enfin le manque à gagner sur la vente des tickets et les contrôles des voyageurs.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

