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Politique économique / Alain Juppé / grève / SNCF / retraites

Politique économique
Alain Juppé / grève / SNCF / retraites

Les Français en grève et la croissance

En 1995, le plan Juppé avait amputé la croissance d'un modeste 0,2 point de PIB, mais les effets sur le bien-être des Français, la marche des entreprises et l'image du pays à l'international sont bien réels. 
Alain Juppé
Alain Juppé

Dans trois jours, la grande grève dans les services publics, les transports, voire les hôpitaux devrait paralyser une bonne partie du pays et des commerces, à moins de trois semaines des fêtes de fin d'année. Samedi 7 décembre, les Gilets jaunes battront eux aussi le pavé, de sorte que les luttes pourraient converger et faire effet boule de neige.

Fort heureusement, les études empiriques montrent que les mouvements sociaux ont en moyenne très peu d'impact macroéconomique sur les pays dans lesquels elles se déroulent, mais au niveau micro c'est une autre affaire. Lorsque les coalitions de colères sont devenues réalité en 1995, déclenchées par le plan Juppé, cela avait coûté à la France 0,2 point de PIB sur le quatrième trimestre de 1995, selon les estimations de l'INSEE à l'époque. Dans une note de conjoncture vieille de près de 25 ans, l'Institut explique essentiellement l'impact par une baisse de la consommation : "À partir du mois de septembre, le climat de confiance des ménages s'est dégradé brutalement. Cette chute spectaculaire est sans doute liée aux incertitudes entourant le financement du déficit des comptes sociaux [•••] La baisse sensible du mois d'octobre peut être attribuée à cette perte de confiance. Le déclenchement des grèves dans les transports publics dans le courant du mois de novembre et la poursuite des mouvements sociaux jusqu'en décembre ont prolongé ce repli de la consommation [•••] Le taux d'épargne au second semestre de 1995 a atteint un niveau très élevé."

Ramené à la croissance annuelle de 1995, cela ne représentait plus que 0,05 point, et en 2010, les grèves avaient elles aussi eu un impact négligeable sur la croissance française. Le cas le plus extrême est bien celui de mai 1968, qui avait consisté en un blocage de la production, des transports et de la distribution et avait entraîné un recul de 5,3 % du PIB au deuxième trimestre 1968. Mais le PIB avait rapidement rebondi de 8 % ensuite, grâce à la signature des Accords de Grenelles. Bien plus proches de nous, les mouvements de grève dans les transports aériens et ferroviaires du printemps 2018 peuvent également servir de point de repère. Mais là encore selon l’INSEE, la moindre activité économique a représenté tout du moins 0,1 point de PIB au deuxième trimestre cette année-là, soit 790 millions d'euros. Pour la journée de grève à la RATP du 13 septembre dernier, une note interne du ministère de l'Économie que WanSquare a pu consulter, estimait la perte à 150 millions d'euros pour la région Île-de-France, soit ...0,03 point de PIB.  

Voilà pourquoi prise dans son ensemble, l'économie du pays ne souffre que très peu en général. En revanche, à l'échelle des commerçants et en pleine période d'achats pour les fêtes, l'impact est bien plus lourd. La grève sera aussi contraignante pour la marche des entreprises, particulièrement en région parisienne puisque les travailleurs devraient peiner à se rendre sur leur lieu de travail, et pèsera enfin sur l'image de la France à l'international, quand l'on se souvient de la seule couverture médiatique du mouvement des Gilets jaunes dans le monde. Empiriquement, les réservations de vols à destination de la France et le secteur de l'Hôtellerie dans les régions très visitées sont ainsi particulièrement touchées. 

Plus inquiétant cependant, une note de l'INSEE parue au mois de mai cette année fait état d'une augmentation significative des admissions aux urgences pour maladies respiratoires après une période prolongée de grève. Les perturbations dans les transports en commun urbains augmentent la pollution de l'air issue du trafic automobile. Or, les hôpitaux comptent bien se joindre au mouvement après que le plan d'urgence du gouvernement Philippe, assorti d'une rallonge budgétaire et d'une reprise partielle de la dette des hôpitaux et de primes pour les personnels, n'a pas convaincu le secteur.

 

 

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