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Jacques de Chateauvieux, l'otage de ses créanciers

Bourbon est en déconfiture, et cela est aussi le résultat de la piètre gestion de Jacques de Chateauvieux. Cependant, les banquiers du Groupe qui ont obtenu 100% des actifs de Bourbon au Tribunal de Marseille maintiennent le fils fondateur à sa tête, le temps que toutes les affaires obscures soient réglées.
bourbon - Jacques de Chateauvieux (Crédits : DR)
bourbon - Jacques de Chateauvieux (Crédits : DR)

L'équipe de communication de Bourbon a osé titrer "Modification de la gouvernance de Bourbon Corporation" le dernier communiqué en date, envoyé depuis Marseille hier, ville où le Groupe a été sévèrement jugé après que Jacques de Chateauvieux a hautement participé à amener l'entreprise au chaos. Si le titre du communiqué est exagéré, c'est parce que Jacques de Chateauvieux continuera d'assurer la direction générale de la société.

Pour être tout de même crédible dans le projet de restructuration du Groupe, le directeur général délégué Gaël Bodénès aurait officiellement présenté sa démission de la tête de proue Bourbon Corporation au capitaine Jacques de Chateauvieux, mais Gaël Bodénès devient président de Bourbon Maritime, tout en gardant ses autres fonctions au sein du groupe. Voilà pourquoi, non, la gouvernance de Bourbon n'a pas été modifiée.

Le maintien de Jacques de Chateauvieux à la tête de Bourbon est à priori surprenant. Primo, il n'a pas su organiser le virage stratégique du sucre à l'offshore, maintenant que Bourbon ploie sous la charge d'un endettement net de 2,5 milliards d'euros, que le chiffre d'affaires a encore chuté de 20% en 2018 à 690 millions d'euros, et est marqué par un excédent brut d'exploitation qui a rapidement viré dans le rouge à - 4 millions d'euros selon les derniers résultats disponibles.

Deuzio, lui qui avait osé se porter candidat au Tribunal de Marseille à la reprise de Bourbon avait fini par jeter l'éponge, faute de soutien de son créancier chinois ICBC Leasing, faisant ainsi l'aveu formel et rare de son échec. 

Tertio, Jacques de Chateauvieux n'a que peu d'intérêts à rester dans le groupe, puisque les actifs en déconfiture vont entièrement être transférés vers la Société Phocéenne de Participation, créée à cet effet par le pool de créanciers de Bourbon, qui ont su convaincre les juges du Tribunal de Marseille au mois de décembre. Loin le temps où Jacques de Chateauvieux et sa famille, qui détenaient plus de 50% du capital via la holding Jaccar, pouvaient se vanter de l'ascension exceptionnelle des cours de Bourse il y a une dizaine d'années. Plus étonnant encore, le business plan repose toujours sur la poursuite de la mise en œuvre du plan d'action stratégique #BOURBONINMOTION initié par Jacques de Chateauvieux en personne. 

En fait, il faut voir dans le maintien de Jacques de Chateauvieux à la tête de Bourbon Corporation une façon pour les créanciers, désormais propriétaires, de se défaire progressivement des sombres dossiers de Bourbon. Qui mieux que Jacques de Chateauvieux en personne peut fournir aux banques un carnet d'adresse bien fourni pour redresser la barre ? C'est pour cela que Jacques de Chateauvieux est désormais l'otage de ses anciens créanciers. À l'image d'Oliver Mitterrand, neveu de l'ancien président de la République, resté aux commandes malgré la procédure de liquidation judiciaire pour insuffisance d'actif de son entreprise Les nouveaux constructeurs. 

 

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