Banques / Thierry Derez / Scor / Covea / HCGE / Renault / Carlos Ghosn
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Thierry Derez / Scor / Covea / HCGE / Renault / Carlos Ghosn
Thierry Derez ou l’arrosé-arroseur
En 2018, Thierry Derez était membre du Conseil d’administration de la société de réassurance SCOR lorsque Covéa – le groupe d’assurance mutualiste qu’il dirige – a fait une offre d’achat non-sollicitée… de SCOR ! Cette situation de conflit d’intérêts patent a conduit le groupe de réassurance à lui demander de démissionner instamment de son mandat d’administrateur. Mais Thierry Derez entendait bien le conserver ! Il refusa de démissionner, prétextant qu’il se mettait, "en retrait" du Conseil, et demanda à ne plus recevoir aucun document et à ne plus participer aux réunions.
SCOR a alors saisi le Haut Comité de Gouvernement d’Entreprise (HCGE), le "gardien du code Afep-Medef" – présidé par Michel Rollier puis par Patricia Barbizet –, pour avoir son avis sur cette situation ubuesque. Dans sa réponse que WanSquare s'est procurée, le HCGE indiqua sans équivoque qu'une "mise en retrait" n’était de fait pas conforme aux règles en vigueur, qui veulent qu’un administrateur soit assidu et participe activement aux réunions du Conseil dont il est membre. Considérant notamment que " le code Afep-Medef, pas plus que le Code de commerce n'envisage la possibilité du retrait temporaire d'un administrateur permettant à celui-ci de ne plus participer aux travaux du conseil tout en conservant son mandat social " et que " l'administrateur concerné serait dans l'impossibilité de respecter simultanément l'obligation d'abstention et celle d'assiduité et s'exposerait à un manquement grave aux règles du code Afep-Medef " le HCGE en conclut que "dans ces conditions, l’administrateur représentant SCOR […] se devait de renoncer à son mandat". Thierry Derez démissionna quelques jours plus tard de son mandat d’administrateur de SCOR. Sans doute l'intéressé avait eu vent que SCOR allait en obtenir l’exécution forcée en saisissant le juge des référés…
Thierry Derez est par ailleurs administrateur de Renault, proposé par Carlos Ghosn lorsque ce dernier était tout-puissant. Empêtré dans la saga de ses tribulations judiciaro-nippones, Carlos Ghosn a été manifestement empêché d'exercer toutes fonctions chez Renault depuis son arrestation par les autorités japonaises en novembre 2018. Pour des raisons principalement financières, il considère aujourd'hui qu’il n'aurait pas démissionné de son poste d’administrateur de Renault l’année dernière.
On apprend, dans l’article "Renault prêt à affronter Carlos Ghosn en justice" publié dans les Échos la semaine passée, que le Conseil d’administration du constructeur automobile conteste cette interprétation. Là où l’histoire devient cocasse, c’est que le Conseil d’administration de Renault – dont Thierry Derez est membre – s’appuie précisément sur "l’avis Derez" du HCGE pour considérer que Carlos Ghosn, ayant été absent et ayant donc manqué à son obligation de présence et d’assiduité, est considéré comme démissionnaire d’office ! Ainsi, l’article indique : "Après avoir saisi le gendarme de la gouvernance, le conseil de Renault a toutefois estimé que sa présence en tant qu'administrateur n'était pas non plus actée : le Haut Comité de Gouvernement d'entreprise a rappelé qu'un administrateur avait une obligation de présence et d'assiduité, une condition qu'il ne peut plus respecter s'il est empêché d'exercer ses fonctions pour une durée indéterminée".
Thierry Derez a totalement approuvé cette position… qu’il réfutait avec force un an auparavant lorsqu’il était dans la position de Carlos Ghosn ! L’arrosé est devenu arroseur…
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