Fusions, Acquisitions / Covea / Partner Re / Thierry Derez / acpr
Fusions, Acquisitions
Covea / Partner Re / Thierry Derez / acpr
Où va Covéa ?
Puisqu'Exor a confirmé être en discussions avec Covea pour lui céder Partner Re, cela pose la question du bien-fondé d'une telle opération pour le groupe que dirige Thierry Derez. Acquérir un réassureur global pour un assureur mutualiste, spécialiste des assurances de particuliers, ne fait aucun sens.C’est un métier de haute technicité, qui demande une expertise internationale que Covéa n’a jamais démontrée.
Il n’y a évidemment strictement aucune synergie et exposer la mutuelle et ses sociétaires aux grands risques de la planète est insensé. Pourquoi le sociétaire de la Garantie mutuelle des fonctionnaires devrait subir les conséquences d’un tremblement de terre au Japon ou en Californie ou les ouragans en Floride ? Les énormes excédents de Covéa devraient être rendus aux sociétaires… alors que Covéa a augmenté ses tarifs depuis des décennies pour les accumuler ! Cela figure dans le Code des assurances et dans les statuts des mutuelles… de Covéa !
Mais il y a mieux. Covéa reçu une lettre à l’automne dernier (comme WanSquare l'a révélé ce matin à 9 h 00) qui lui enjoint de modifier en profondeur sa gouvernance. Cette lettre demande entre autres à Thierry Derez de ne plus cumuler le poste de PDG de Covéa Coopérations – là où il fait remonter tout l’argent des mutuelles de base – et de la Sgam Covéa, société faîtière du Groupe. Thierry Derez devra donc démissionner de l’un de ces deux postes. Et Thierry Derez, après avoir choisi l’une des instances, ne pourra plus cumuler – injonction de l’ACPR – le poste de Président et de directeur Général. La lettre précise en outre que les administrateurs ne devront plus être "choisis" par Thierry Derez mais par les mutuelles de base. En plus, la lettre précise qu’il est totalement exorbitant du droit commun que Thierry Derez contrôle de facto plus de 95 % des voix à l’AG de Covéa ! En bref, la gouvernance est totalement déficiente et ne respecte pas les exigences de Solvabilité II.
On voit mal dans ces conditions comment l’ACPR pourrait valider cette acquisition dont la décision semble être prise sans réforme préalable de la gouvernance de Covéa. Il en va de sa crédibilité et de son autorité. Pas qu’en France. Pour que cette transaction voit le jour, il faut qu’une dizaine de régulateurs de par le monde l’agréent. Il y a partout une clause de bonne gouvernance – qui n’est pas respectée à l’heure actuelle - et une clause de "fit and proper" (qui inclut l’honorabilité). Or les régulateurs ne souhaiteront pas bénir une opération dont l’initiateur est poursuivi pour abus de confiance et qui, s’il est condamné, sera interdit d’exercer toute responsabilité dans l’assurance.
On se souviendra que Covéa avait tenté de prendre le contrôle de Scor à l‘automne 2018 mais s’était heurté à un refus unanime du Conseil d’administration. Scor a ensuite eu des preuves venant de Crédit Suisse que Thierry Derez, patron de Covéa et à l’époque administrateur de Scor à titre personnel, avait divulgué des informations confidentielles pour empêcher que Scor se rapproche de… Partner Re. Scor a attaqué Thierry Derez pour abus de confiance. Scor a bénéficié il y a quinze jours d’un jugement en sa faveur de la Haute Cour de Justice de Londres qui obligera Barclays – banque de Covéa – à fournir les mails et les dossiers qui alimenteront l’instruction. Le procès au pénal a lieu début mai et le jugement est attendu avant l’été.
Le feuilleton Covéa continue… mais il ressemble de plus en plus à une fuite en avant pour éviter à un ancien avocat d’être rattrapé par le droit.
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