Macro-économie / Taux / risques
Macro-économie / Taux
risques
Les dix risques qui pèsent sur 2020
Dans la liste des dix risques que dresse Anatole Kaletsky, Chef économiste et Co-Chairman de Gavekal Dragonomics, quatre apparaissent faibles ou négligeables, quatre sont modérés, et deux sont élevés. Au rayon des risques les plus faibles ou négligeables, c'est celui d’une récession mondiale qui vient en premier. De fait, les institutions internationales prévoient un rebond de la croissance mondiale en 2020 sous l’effet de l’atténuation des tensions commerciales, de plus les économies bénéficient, au travers des politiques monétaires et des politiques budgétaires, d'un soutien plutôt significatif. "L'économie mondiale continuera de bénéficier cette année de la réduction des taux d'intérêt américains de l'an dernier et des efforts de la Chine pour soutenir une croissance d'environ 6 %. En l'absence d'un nouveau choc puissant, une récession en 2020 est donc extrêmement peu probable", explique Anatole Kaletsky.
Le risque de hausse des taux d'intérêt est également négligeable. "L'inflation et les taux d'intérêt à long terme vont probablement augmenter quelque peu cette année, mais il est presque hors de question que les banques centrales resserrent leur politique monétaire.", décrypte l'économiste. Deux des plus grosses banques centrales que sont la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine ne devraient pas durcir leur politique monétaire cette année. L'institution de Washington ne devrait pas bouger, ou si elle le fait ce sera probablement pour baisser les taux selon les observateurs. Quant à l'institution de Francfort, la probabilité d'une hausse de taux est encore plus faible au regard de la distance qui sépare l'inflation de son objectif.
Le risque politique en Europe est également faible selon le chef économiste, qui cite même le Brexit comme repoussoir et jouant en défaveur du vote populiste en prévoyant que "les négociations de cette année sur un accord commercial post-Brexit renforceront les perceptions négatives des Européens à l'égard du processus." Il admet toutefois que, "la politique est toujours instable, surtout en Italie, de sorte qu'une crise de l'euro d'origine politique reste un risque faible mais non négligeable." Mais il en va autrement du risque macroéconomique même avec une BCE aux aguets. "Bien que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine ait retenu le plus l'attention en 2019, l'Europe était en fait le maillon faible de l'économie mondiale. Une récession européenne reste donc le plus grand risque macroéconomique en 2020, tout comme l'année dernière." La zone euro devrait connaître un très léger ralentissement de l’économie en 2020, avec 1,1% de croissance contre 1,2% en 2019, selon les dernières prévisions de la BCE.
Parmi les risques modérés, le risque pétrolier est le moins élevé. Depuis l'assassinat par les États-Unis du commandant de la force iranienne Al-Qods, Qassem Soleimani, une inquiétude s'est fait ressentir sur les marchés financiers à propos d'une escalade avec l'Iran et in fine d'une flambée des prix du pétrole pouvant peser sur la croissance. Historiquement, Anatole Kaletsky rappelle que "chaque récession mondiale de ces 50 dernières années a été précédée d'un doublement du prix du pétrole". Tout en rappelant qu'il faut garder à l'esprit que "pour doubler par rapport à 2019, il faudrait que le prix du pétrole s'élève à plus de 110 dollars en 2020. Cela est peu probable, mais possible si une guerre entre les États-Unis et l'Iran arrêtait le transport maritime dans le golfe Persique.".
Ensuite vient le risque de protectionnisme accru. Si l’accalmie entre la Chine et les États-Unis a fait diminuer ce risque grâce à l'accord de Phase 1, il ne faut pas oublier que Donald Trump est actif sur d’autres fronts commerciaux comme celui avec l’Union Européenne. "Mais Trump sera probablement trop occupé cette année avec la confrontation avec l'Iran et les élections de novembre pour déclencher une guerre commerciale entre les États-Unis et l'Union européenne", explique l'économiste. Un risque qu'il juge même moins important qu’il ne l’était les deux dernières années.
Il existe deux autres risques modérés pour la croissance cette année. Anatole Kaletsky évoque l'endettement des entreprises américaines. De fait, l’endettement des sociétés non financières a aujourd’hui atteint 47% du PIB aux États-Unis - 7 points de hausse depuis 2011 -, soit un record historique. Là encore, ce risque est susceptible de se matérialiser si les taux d'intérêt venaient à augmenter significativement, un scénario peu probable. "C'est pourquoi l'effet de levier des entreprises ne semble être qu'une menace modeste en 2020", conclut-il. Le dernier risque modéré est celui d'un effondrement de l'industrie automobile. Car les déboires de cette dernière ont dégradé des économies comme celle de l’Allemagne, première économie de la zone euro. Le plus inquiétant est que ces difficultés ne sont pas de nature cyclique mais structurelle, puisqu’elles impliquent des bouleversements sociaux, énergétiques et technologiques. Sur une note plus positive, Anatole Kaletsky estime tout de même que "l'effondrement de la demande l'année dernière était si extrême qu'une reprise temporaire est probable, c'est pourquoi les industries automobile et mécanique ne devraient pas causer autant de problèmes cette année".
Enfin les deux risques les plus élevés selon Anatole Kaletsky sont le risque ayant trait au secteur technologique ainsi que le risque afférent à l’élection présidentielle américaine. Pour le secteur technologique, le risque est de nature politique. Les appels au démantèlement, à la réglementation ou encore à une imposition plus forte des GAFA se font de plus en plus nombreux. Au vu de la contribution de ces derniers dans les performances boursières américaines, Anatole Kaletsky explique que toutes ces nouvelles problématiques qu'ils doivent affronter pourraient être en mesure de provoquer un effondrement semblable à l'explosion de la bulle internet de 2001-2002.
Enfin, il y a le risque découlant de l'élection présidentielle américaine - le plus élevé selon Anatole Kaletsky. Si selon les investisseurs, la victoire de Donald Trump est le scénario le plus probable, deux éléments pourraient être sources de troubles. D’une part, un président américain revigoré par sa victoire pourrait se montrer "plus protectionniste, belliqueux et imprévisible lors d'un second mandat", suggère Anatole Kaletsky. D’autre part, une victoire de l’un de ses adversaires démocrates avec des propositions que d'aucuns jugent assez radicales économiquement, pourrait affecter les secteurs de "la santé, la finance, la technologie et l'énergie". En clair, selon Anatole Kaletsky, "étant donné que M. Trump ne manquera pas de faire des déclarations qui alarmeront les investisseurs et que certains sondages d'opinion suggéreront une éventuelle victoire démocrate à un moment donné de la campagne, il est presque certain que la politique américaine déclenchera des épisodes de panique occasionnels avant le 3 novembre".
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

