Politique économique / Green bonds
Politique économique
Green bonds
L'Europe, leader des émissions "durables" en 2020
L'Europe, meilleure élève de la classe en termes d'émissions obligataires "responsables" ? Selon un rapport publié par l'agence de notation S&P ce matin, le Vieux Continent est effectivement à l'origine de la moitié des nouvelles émissions durables l'an dernier et devrait renforcer sa position cette année. Une prédominance liée à l'impulsion donnée par la nouvelle Commission européenne et le lancement de son Green deal, ainsi que l'adoption d'une taxonomie verte. Les Européens se sont ainsi mis d'accord sur les activités et technologies compatibles avec l'objectif de Bruxelles de devenir le premier continent ne produisant aucune émission à horizon 2050, ce qui, selon S&P, a contribué à accélérer ce type d'émissions "responsables" l'an dernier. Les pays émergents occupent quant à eux la seconde place du podium, et ont représenté 25% du volume d'émissions durables en 2019.
Qu'appelle-t-on émissions durables ? Par ce terme, l'agence entend à la fois les "green bonds" (obligations vertes) mais aussi tout autre type d'instruments de dette destinés à atteindre les objectifs de développement durables tels qu'ils ont été définis par l'ONU. Et de citer les "social bonds" (obligations à impact social), destinés à améliorer la sécurité alimentaire, l'accès à l'éducation ou la santé, les "sustainable bonds" (obligations durables), ayant un effet positif à la fois sur l'environnement et la société, et les "sustainability-linked loans" (prêts en lien avec la croissance durable), consistant en des prêts encourageant les emprunteurs à atteindre certaines performances en termes de responsabilité environnementale et durable.
Ce type de titre alternatif durable s'est développé à toute vitesse : alors qu'ils ne représentaient que 6% du marché des émissions durables en 2018, ils ont atteint l'an dernier 35% du marché. Selon S&P leur croissance devrait se poursuivre et en particulier les "sustainability-linked loans", puisque le coût de ce type de titres est fonction de la capacité des entreprises à atteindre leurs objectifs de déveleoppement durable et donc assez incitatifs pour ces dernières.
Le volume d'émissions durables, bien qu'en progression sensible, ne devrait malheureusement pas suffire à couvrir les besoins de financement dans le domaine : selon les estimations de l'ONU, les besoins de financement nécessaires à la transition énergétique devraient représenter 60.000 milliards de dollars à horizon 2050. Or, les émissions d'obligations durables alternatives ont atteint 112 milliards de dollars seulement l'an dernier et 238 milliards en prenant en compte les green bonds. Au total les émissions de dette durable pourraient se rapprocher de 400 milliards de dollars cette année (dont 300 milliards pour les seuls green bonds). Ce qui ne représente que 3,5% du marché obligataire global (contre certes 1% du marché il y a cinq ans).
Outre les émissions souveraines, qui ont contribué à faire croître le marché des obligations durables, le secteur privé devrait lui aussi alimenter la croissance de ces titres, surtout si les politiques monétaires restent accommodantes, soutenant les conditions de crédit, estime S&P. Banques et entreprises sont ainsi à l’origine de 45 % des nouvelles émissions labellisées "vertes" en 2019 pour 50 milliards de dollars (vs. 1 % en 2013), avec un quasi doublement des émissions des entreprises en 2019. A noter que la France se démarque sur le marché pusiqu'elle a enregistré en 2019 un nombre record de nouveaux entrants privés et, pour la première fois, le montant des émissions vertes du secteur privé a dépassé celui de l’Etat, qui représente en outre le plus gros émetteur souverain de dette "verte" au monde.
Si le marché est en pleine expansion, l'agence de notation estime que les différents titres désignés sous l'étiquette de "durables" se devront d'être plus transparents, afin de permettre une meilleure standardisation du marché et d'accroître l'intérêt et la confiance des investisseurs. Sans quoi, les émissions risquent de se multiplier, mais sans aucun outil de suivi permettant de déterminer si ces titres sont vraiment destinés à financer la transition écologique. Au risque d'entraîner un "ESG washing" néfaste à tout le marché.
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