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Gestion d'actifs / consolidation
Gestion d’actifs : s’unir pour mieux résister, et conquérir
La consolidation s’accélère dans le monde feutré de la gestion d’actifs. Après Jupiter qui a racheté Merian pour 370 millions de livres en Grande-Bretagne lundi, hier ce sont deux grands acteurs américains qui ont annoncé leur mariage. Franklin Templeton a fait une offre à 50 dollars sur son compatriote Legg Mason, soit une prime de 23% sur le dernier cours de Bourse et un prix de 4,5 milliards de dollars, auquel s’ajoutent 2 milliards de dollars de dette. L’acquéreur, qui affiche près de 700 milliards de dollars sous gestion, met la main sur une cible encore plus grosse - 806 milliards de dollars d’actifs – si bien qu’il va créer le sixième acteur mondial indépendant de la gestion d’actifs avec 1.500 milliards de dollars d’actifs, derrière BlackRock, Vanguard, Fidelity, Capital Group et Amundi. La nouvelle entité sera aussi bien présente chez les clients institutionnels que particuliers, ce qui permet de limiter la cyclicité des flux de capitaux.
Certes, il ne s’agit pas de la première opération de consolidation chez les plus grands gérants d’actifs mondiaux. En 2017, Janus Capital avait uni ses forces avec Henderson Capital, formant un groupe de 330 milliards de dollars d’actifs sous gestion, et Standard Life Investments avait fusionné avec Aberdeen AM, soit une entité de 580 milliards de livres (700 milliards de dollars) sous gestion. Ici, la transaction est deux fois plus importante, et se justifie, comme les autres, par un besoin impérieux de répondre à l’essor de la gestion passive via l’effet d’échelle.
"La consolidation continue, que ce soit aux US ou en Europe. Tant que les revenus sont inférieurs à vos coûts, comme dans toute entreprise il faut soit augmenter les revenus soit baisser les coûts, de manière organique ou non. La finance a souvent oublié cette règle de bon sens, et la tendance à confondre chiffre d’affaire avec résultats a conduit à la destruction de valeur actionnariale", analyse Mathieu Chabran, cofondateur de Tikehau Capital, qui a dépassé les 25 milliards d'euros d'encours en 2019.
Cette opération défensive était aussi nécessaire pour les deux parties. D’une part, Legg Mason a vu l’entrée de l’activiste Trian Fund Management de Nelson Peltz en mai dernier, qui a pris deux sièges à son conseil. Ce dernier l’a incité à réduire les coûts en centralisant les opérations de ses neuf sociétés de gestion affiliées, mais ce plan a rencontré de la résistance, et l’heure était venue de participer à la consolidation en cours. De l’autre côté, Franklin Templeton était en perte de vitesse depuis quelques années, et avait déjà perdu plus de 200 milliards de dollars sous gestion depuis 2014. Si bien qu’il détenait 100 milliards d’actifs de moins que sa cible, même si sa capitalisation boursière était encore trois fois supérieure.
Pour les deux acteurs, le timing de cette poignée de mains était donc particulièrement opportun, pour rester dans la course à la taille de la gestion d’actifs mondiale. Franklin anticipe des économies annuelles de l’ordre de 200 millions de dollars grâce aux synergies, mais compte aussi muscler son offre sur les ETF, par exemple en montant en majoritaire de sa filiale Precidian. Il a désormais encore plus de moyens de ne pas garder ses œufs dans les mêmes paniers.
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