Politique économique / Récession
Politique économique
Récession
Une dépression pire qu'en 2008 ?
Il ne fait désormais plus de doute que l'économie mondiale connaîtra la récession cette année, alors que près de 3 milliards de personnes sont confinées chez elles et que l'épidémie s'est répandue dans tous les continents. La question est maintenant de savoir dans quelles proportions le PIB mondial se contractera. La réponse de Nouriel Roubini à ce sujet n'est guère rassurante. L'économiste, qui avait notamment prédit la crise des subprimes, estime que la dépression liée au Covid-19 devrait être pire qu'en 2008 et même qu'en 1929.
Dans un billet d'opinion publié sur Project Syndicate, il rappelle que la crise actuelle est beaucoup plus rapide qu'en 2008 et lors de la Grande Dépression. "Lors de ces deux dernières crises, les Bourses ont chuté de plus de 50%, les crédits ont été gelés, il y a eu des faillites en série, le chômage a dépassé les 10% et un peu partout le PIB a diminué au moins de 10%. Mais cette situation a mis environ 3 ans à s'installer, alors qu'aujourd'hui le désastre macroéconomique et financier s'est matérialisé en 3 semaines". Dans le cas actuel, la Bourse américaine a dégringolé de 20% en 15 jours, au début du mois de mars, soit la chute la plus rapide jamais enregistrée. L'offre de crédit est gelée et les spreads de crédit (comme ceux des obligations pourries) atteignent les niveaux de 2008. Même les grandes firmes financières comme Goldman Sachs, JP Morgan et Morgan Stanley anticipent une baisse du PIB annuel américain de 6% pour le premier trimestre, et de 24% à 30% pour le second. Selon le secrétaire américain au Trésor, Steve Mnuchin, le taux de chômage pourrait dépasser 20% (le double du taux atteint lors de la crise de 2008). Les chiffres dévoilés par le Bureau du travail américain cet après-midi semblent malheureusement lui donner raison. Bref, selon Nouriel Roubini, absolument toutes les composantes de la demande se sont effondrées. La forme de la contraction ressemble donc selon lui à un I plutôt qu'à toute autre lettre habituellement connue en temps de crise.
Malgré l'ampleur historique du coup d'arrêt, certains analystes et experts espèrent cependant une reprise rapide dès que la pandémie aura été contenue. Mais, selon l'économiste de Harvard, plusieurs conditions seront nécessaires pour qu'un tel redémarrage survienne :
- que les USA, l'Europe et d'autres économies gravement touchées procèdent à des tests étendus du Covid-19, afin d'identifier les porteurs du virus et suivre les personnes avec lesquelles ils ont été en contact. Et que ces pays recherchent des traitements, et appliquent la mise en quarantaine et un confinement à grande échelle. Et en attendant, que les vaccins soient prêts (18 mois au moins), déployer d'autres moyens thérapeutiques.
-que les banques centrales poursuivent leur politique monétaire de crise, si besoin en abaissant davantage les taux directeurs et en inventant des dispositifs supplémentaires pour encourager les banques à prêter aux PME solvables. Les mesures déjà déployées sont encore insuffisantes selon l'économiste.
-que les États distribuent massivement des liquidités aux ménages et aux entreprises via le creusement de leur déficit ; mais ces interventions financées par le déficit devront être entièrement monétisées. Sans quoi elles entraîneront une flambée des taux d'intérêt et une forte inflation.
"Malheureusement pour ce scénario idéal, d'une part les autorités des pays avancés n'ont pas fait tout ce qu'elles auraient dû faire pour limiter la pandémie, d'autre part la politique budgétaire que l'on envisage n'a pas l'envergure nécessaire pour permettre un redémarrage en temps voulu, et sa mise en œuvre serait trop lente. Aussi le risque d'une super Grande Dépression, pire que la première, augmente-t-il de jour en jour", déplore l'économiste.
Et même si les États parviennent à enrayer cette pandémie, d'autres facteurs de risque, prévisibles cette fois-ci, pourraient empêcher la croissance mondiale de repartir. Un risque de conflit entre l'Occident et au moins quatre puissances révisionnistes : la Chine, la Russie, l'Iran et la Corée du Nord, et celui d'une reprise des tensions entres les États-Unis et l'Iran.
La combinaison du risque de poursuite de la pandémie, du risque de politiques monétaires et budgétaires insuffisantes, et celui que des conflits géopolitiques rejaillissent une fois l'épidémie passée pourrait faire basculer l'économie mondiale dans une dépression de longue durée et entraîner l'effondrement des marchés financiers. "Après le krach de 2008, la réaction massive (bien que tardive) qu'il a suscité a permis de sauver l'économie mondiale. Nous ne serons peut-être pas aussi chanceux cette fois-ci…", conclut Nouriel Roubini.
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