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La quête indécente de Monsieur Darmanin
Dans cette crise sanitaire épouvantable que nous vivons et où chacun de nous - qu’il soit de droite ou de gauche, libéral ou étatiste - reconnaît que rien ne justifie de faire marcher la machine économique quand des centaines de Français meurent chaque jour et quand une armée de soignants se battent pour sauver des vies, la voix d’un ministre désœuvré est venue rompre cette belle union nationale. Gérald Darmanin, qui a du mal à exister, à côté d’un Bruno Le Maire qui capte toute la lumière, pendant cette crise économique, a annoncé hier sur Twitter le lancement d’une plateforme pour recueillir les dons des Français, particuliers ou entreprises, pour aider les petites entreprises.
Les Français sont très généreux. Chaque année ils donnent des centaines de millions d’euros pour des œuvres caritatives, pour des engagements cultuels ou culturels, pour la sauvegarde du patrimoine – car l’état n’a plus un sou pour sauver nos vieilles pierres – ou encore pour la recherche médicale, si précieuse en ces temps d’épidémie. Mais si nos concitoyens peuvent faire ces dons, c’est parce qu’ils vivent, depuis le Conseil National de la Résistance, dans un Pays qui fait en sorte, qu’en cas de crise personne, qu’il soit chômeur ou employeur, artisan, indépendant, profession libérale ne reste sur le bord de la route. Cet État-providence coûte très cher en impôts à chaque français. Mais c’est une fierté française. Et dès le début de la crise la France a déployé un plan de soutien direct à l’économie de 45 milliards d’euros, dont le montant sera sûrement dépassé.
C’est ce qu’on appelle la solidarité nationale. Sous l’ancien régime, le seigneur levait des impôts, mais il assurait la protection des "gens" vivant sur son domaine, les mettait à l’abri des famines et si possible des catastrophes naturelles. Après la révolution française, ce mécanisme de solidarité a été confié à l’État. Si bien que la France, qui représente 1 % de la population mondiale, 5 % des richesses de la planète a des dépenses de redistribution et de soutien social équivalentes à 15 % de celles que l’on trouve sur la planète.
Que le gouvernement ait mal calibré le soutien aux entreprises de moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires, c’est un fait. Qu’il ait promis seulement 1 500 euros d’indemnisation aux autoentrepreneurs, c’est incompréhensible, alors que le distributeur de billets est ouvert pour tous les grands groupes. Qu’il ait oublié encore une fois ces centaines de milliers d’entreprises artisanales qui font vivre les territoires témoigne de l’impéritie de cette "énarchie" qui nous gouverne. Mais une erreur se corrige en ajustant le plan de soutien. Et non pas en ouvrant une plate-forme de don… !
Sommes-nous vraiment la sixième puissance mondiale pour qu’un ministre de la République "fasse la manche" ? Si l’État a pu trouver du jour au lendemain 45 milliards d’euros pour soutenir l’économie, pourquoi ne trouverait-il pas 5 ou 10 milliards d’euros supplémentaires pour nos travailleurs indépendants et nos très petites entreprises qui sont le cœur battant de l’économie ? Et de qui se moque-t-il ainsi, alors que nous savons tous que les plans de soutien mis en place actuellement, les "open bars" de liquidités dont profitent des groupes en très bonne santé, et les différentes mesures sociales toutes justifiées – car en temps de guerre on ne compte pas les munitions – se paieront ensuite pendant des années en prélèvements exceptionnels, en hausses d’impôts, voire en un retour malencontreux de l’impôt sur la fortune.
Une fois encore, Gérald Darmanin a perdu une bonne occasion de se taire. On le savait à l’étroit dans son ministère, désireux de retrouver sa bonne ville de Tourcoing. Il vient de témoigner des limites de son incompétence. Et là ui qui aime bien se moquer de ses interlocuteurs en leur répondant par des formules toutes faites, sorties des enseignements de sa grand-mère, nous lui rappellerons cet adage qu’il a sans doute oublié : "Qui donne aux pauvres prête à Dieu. Mais qui donne à l’État prête à rire… !"
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