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Les PME plient mais ne rompent pas

Indicateurs macros / PME / défaillance / Bpifrance

Indicateurs macros
PME / défaillance / Bpifrance

Les PME plient mais ne rompent pas

Dans son enquête conjoncturelle semestrielle auprès des PME, Bpifrance dévoile que 15% des dirigeants s’attendent à une baisse du chiffre d’affaires en 2020. Mais seules 3% jugent insurmontables les difficultés de trésorerie rencontrées. 
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Dans son commentaire des enquêtes de conjoncture de juillet 2020, Jean-Luc Tavernier, le directeur général de l’INSEE, souligne que "les indicateurs synthétiques de climat des affaires confirment le vif rebond de l‘activité économique, dans tous les secteurs". L’indicateur, en dégringolade à 53 en avril, est remonté à 78 en mai et 85 en juin selon les chiffres publiés ce matin. S’il reste loin d’une situation normale, symbolisée par le nombre 100, le climat des affaires semblent donc en bonne voie. Cela signifie-t-il le retour à la normale ? Pas vraiment selon l’enquête de conjoncture semestrielle auprès des PME publiée ce matin par Bpifrance. 

Car pour prendre le pouls de l’économie, se plonger dans l’activité de celles qui représentent 99,9% des entreprises en France et un tiers du chiffre d’affaires total des entreprises est essentiel. Et selon Philippe Mutricy, directeur des études et de la prospective chez Bpifrance, "on avait des raisons de craindre le pire". Pour les 5.556 entreprises qui ont participé à l’étude, c’est un chiffre d’affaires en baisse de 15% en moyenne auquel on s’attend. Dans le détail, les fermetures réglementaires expliquent la baisse du chiffre d’affaires pour 47% des répondants, contre 29% l’efficacité réduite par les contraintes sanitaires et 22% des problèmes d’approvisionnement. Ces moyennes cachent toutefois l’ampleur de la déflagration pour le secteur du tourisme, qui s’attend lui à une diminution de son activité de 39% en moyenne. Le solde d’opinion sur le chiffre d’affaires – différence entre les répondants ayant exprimé une opinion positive et ceux ayant exprimé une opinion négative – témoigne du sentiment général : il atteint un plus bas historique à -59, soit une chute de 84 points. Cela se ressent sur l’emploi puisque parmi les PME qui comptaient embaucher avant la crise (2038), 43% maintiennent leur projet, 35% le reportent et 22% l’annulent. 

Une vague de défaillances ? 

Or, perte d’activité rime avec manque de liquidité pour les PME et donc les prémices de la défaillance. Doit-on alors craindre le pire ? C’est en tout cas ce qu’ont souligné de nombreuses études de la Coface et de l’OFCE. Selon l’organisme de recherche, qui a imaginé plusieurs scenarii de reprise de l’activité, la probable reprise "relativement favorable" pourrait aboutir à une hausse de 80% des défaillances d’entreprise d’ici mars 2021, soit 14.000 de plus que les 17.000 qui auraient eu lieu sans même une crise sanitaire et économique. Or cela ne touchera pas toutes les entreprises de la même manière. Ainsi, concernant les problèmes de liquidité, 11 à 13% des grandes entreprises sont concernées contre 7% des PME. Bpifrance, qui prend comme hypothèse que 80% des 31.000 entreprises insolvables seront des TPE, s’attend à 6.000 PME/ETI insolvables, dont la moitié à cause de la crise.

Mais, pour Philippe Mutricy, " les dispositifs de soutien de l’État et des collectivités ont été très efficaces ". Si les PME font part d’une nette dégradation de leur situation de trésorerie au court des six derniers mois – avec un indicateur en solde d’opinion qui perd 18 points en un an et atteint -24 – les dispositifs de soutien ont été bien accueillis. 90% des PME déclarent avoir mobilisées au moins un dispositif public, dont 80% l’activité partielle, 53% le report d’échéances fiscales et sociales, et enfin 51% le Prêt garanti par l’État (10% envisagent encore un recours au PGE). Grâce à ces dispositifs, "près de la moitié des PME (49%) estime que leur trésorerie est suffisante pour affronter la crise. 39% estiment que les difficultés rencontrées sont surmontables compte tenu des mesures de soutien sollicitées". Seules 3% des PME qualifieraient leur situation de trésorerie d'insurmontable à mi-juin, et 2% anticipent une prochaine défaillance. Du fait de la quantité des PME dans l’Hexagone ces chiffres, à première vue insignifiants, nourrissent tout de même des attentes de défaillances d’entreprise en hausse. 

Et demain ?

Sans être épargnées, les PME sont donc engagées dans une bataille qu’elles semblent en mesure de gagner, certes au détriment d’une fragilisation des fonds propres des entreprises. Si l’OFCE appelle à intervenir sur les fonds propres des entreprises à hauteur de 8 milliards d’euros, la majorité devrait échapper à cette sentence. Les conséquences économiques sont à chercher autre part. D’ailleurs, "avec la crise économique, il est normal que la préoccupation sur les fonds propres revienne sur le court terme. Mais sur le long terme, on remarque que l’inquiétude sur ce sujet est toujours inférieure à celle que l’on mesurait dans notre enquête de 2015." Cette année-là, 40% des PME déclaraient avoir besoin de plus de fonds propres pour investir, elles ne sont que 33% en juin 2020, elles étaient 30% en décembre 2019. 

Pour autant, l’investissement devrait par exemple servir de variable d’ajustement. Dans ses projections macroéconomiques de juin, la Banque de France relate une chute de 10,5% de l’investissement des entreprises au premier trimestre et prévoit une dégringolade de 23% sur l’ensemble de l’année. Les 5.556 PME ayant répondu à l’enquête sont un brin plus optimistes. 19% ont l’intention de les annuler, 41% de les reporter et 41% de les maintenir. C’est une baisse de 9% des investissements des PME par rapport à 2019 qui est finalement attendue. 

C’est la faiblesse de la demande qui est le premier obstacle à l ’investissement, 61%, en hausse de 10 points sur un an, devant la faiblesse de la rentabilité, + 8 points à 47%. "Ceci reflète aussi bien le manque actuel de débouchés que les perspectives de demande dégradées, accentuées par le niveau élevé d’incertitudes " précise l’enquête. Mais les dirigeants sont plutôt optimistes, dans un contexte de reprise progressive. "Maintenant il faut plutôt voir que l’activité repart et que les chefs d’entreprises nous envoient un message comme celui-ci" résume Philippe Mutricy, interrogé sur le sujet. En juin, près de la moitié des PME considèrent leur trésorerie suffisante pour affronter la crise contre 30% en avril, 53% anticipent un retour difficile de leur activité à un niveau normal, elles étaient 63% en avril. Mieux, seuls 9% des entreprises ayant souscrit un PGE déclarent avoir utilisé la quasi-totalité de leur PGE tandis que 33% ne l’ont pas encore utilisé. 

Finalement, pour le directeur des Études, "les entreprises nous disent qu’elles ont les moyens de participer à la relance et que leur situation financière entre mi-mai et mi-juin laisse espérer des capacités significatives pour le redémarrage économiqueD’autant plus que le taux d’utilisation des PGE leur laisse encore davantage de moyens dans ce sens". Pour autant, cette bonne santé financière est une condition nécessaire mais pas suffisante de la relance : " Pour bénéficier d’une sortie de crise rapide, il faut que le comportement d’épargne forcé ne se transforme pas en épargne de ‘’précaution’’. En miroir, du côté des entreprises, les reports d’investissements et d’embauches ne doivent pas se transformer en annulation ".

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