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Augustin de Romanet / Groupe ADP / aéroport
Pour Augustin de Romanet, vers un changement du monde aérien
Tout juste remis de sa propre contamination au COVID-19 et sorti de sa période de quarantaine, Augustin de Romanet est à pied d’œuvre, dans un contexte sans précédent pour son groupe, Aéroports de Paris. Ce matin au micro d’Europe 1, le dirigeant est revenu sur les défis inédits qu’il doit affronter : 2.000 passagers par jour, contre 85.000 à 100.000 habituellement à l'aéroport d'Orly. Ce qui l’a conduit à prendre cette décision extraordinaire, celle de mettre Orly "sous cloche", c’est-à-dire suspendre le trafic passagers jusqu’à nouvel ordre, de le réserver à des évacuations sanitaires ou autres vols d’urgence et de ne laisser qu’un seul hôtel ouvert sur la dizaine que compte Orly. Et pour cause, l’essentiel des aéroports mondiaux est aujourd’hui fermé à la circulation.
Le patron n’a pas caché la vérité des chiffres : en prenant en compte un trafic en baisse de 65% entre mars et juillet, le groupe avait évalué sa perte à 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 800 millions d’euros d’Ebitda, notamment compte tenu de la disparition des revenus des boutiques, hôtels et autres services d’aéroports. Ce qui l’a conduit à lancer un grand plan d’économies, mais qui ne lui permettra d’économiser que 270 millions d’euros hormis les effets du chômage partiel, où il a désormais placé 80% de ses effectifs.
L’Etat a déjà joué son rôle d’actionnaire responsable en fin de semaine dernière, en appelant les groupes dont il est actionnaire à ne pas verser de dividende pour 2019. Un manque-à-gagner de 180 millions d’euros pour le gouvernement, mais autant de liquidités qui seront précieuses dans les comptes d’Aéroports de Paris, dont le dossier de la privatisation est sans surprise reporté sine die. Le groupe n’a pas de problème de trésorerie : il affichait 3 milliards d’euros de cash à fin 2019 et a profité, comme d’autres grands noms de la cote, de la fenêtre obligataire ouverte pour les meilleures signatures investment grade. Jeudi dernier, ADP a levé 2,5 milliards d’euros à six et dix ans, à des taux raisonnables de 2,125 % et 2,75 %.
Mais même dans cette situation dégradée, ADP n’a pas oublié ses ambitions, celles de devenir le premier opérateur aéroportuaire mondial, avec la reprise de 49% du groupe indien GMR Airports. L’opération d’un total de 1,3 milliard d’euros, annoncée il y a à peine plus d’un mois juste avant la propagation mondiale du coronavirus, est maintenue, a confirmé le groupe il y a quelques jours.
Néanmoins, Augustin de Romanet ne le cache pas, le COVID-19 va créer un changement de paradigme pour le transport aérien. Si la hausse du secteur a été deux fois plus importante que le PIB mondial dans les dernières années, cela pourrait changer après cette période inédite de confinement de plus de 3 milliards d’humains. Certes, Orly peut rouvrir en l’espace de 2 à 4 jours, mais la reprise du trafic aérien sera lente et progressive, car elle dépendra des décisions de chaque pays. Et les séjours d’une semaine aux Maldives ou les week-ends à moins de 50 euros dans une capitale européenne, ne seront désormais peut-être plus la norme.
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