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M&A : et après la tempête… ?
Le climat actuel n’est guère propice aux OPA hostiles et Xerox vient de l’acter ce mercredi, en annonçant le retrait de son offre améliorée sur Hewlett-Packard, pour près de 35 milliards de dollars. "La crise sanitaire mondiale actuelle et les troubles macroéconomiques et de marché" ont créé "un environnement qui n’est pas propice" à une bataille pour obtenir des sièges au conseil de sa cible, a conclu Xerox. La base de données Refinitiv a publié les données mondiales du M&A, qui montrent déjà un net ralentissement après un début d’année très dynamique : les fusions-acquisitions mondiales ont chuté de 28% en valeur à 698 milliards de dollars, soit le plus faible début d’année depuis 2016, et de 14% en nombre d’opérations.
Ces chiffres cachent une forte disparité entre les deux plus gros marchés mondiaux des M&A. Car si l’activité avait déjà ralenti avant la propagation vertigineuse du coronavirus outre-Atlantique, où les fusions-acquisitions américaines ont chuté de 51% au premier trimestre à 252 milliards de dollars, il en était tout autre sur le Vieux Continent. L’Europe a bénéficié d’un florilège de mega deals, avec un marché en hausse de 52 % dont les derniers en date datent de ce mois-ci, comme la fusion à 30 milliards de dollars entre les courtiers en assurance britannique Aon et Willis Tower ou le LBO sur les ascenseurs Thyssenkrupp des fonds Advent et Cinven, pour 17,2 milliards d’euros.
Mais alors que le virus continue à faire plus de victimes et que la moitié de l’humanité vit désormais en confinement, la probabilité de voir émerger de nouvelles opérations d’acquisition stratégiques est quasiment nulle à court terme. En témoignent les chiffres de la semaine passée : seulement 12,5 milliards de dollars de transactions, soit le chiffre le plus bas depuis le pic de la dernière crise, en avril 2009. Un contexte totalement inédit pour une génération entière de dirigeants, de banquiers et de conseils, tant en ce qui concerne l’ampleur mondiale de cette crise et tous les secteurs d’activité qu’elle atteint.
A l’heure actuelle, les entreprises adoptent une approche wait-and-see, surtout affairées à protéger leurs employés et leurs clients, mais aussi à préserver leur trésorerie. De l’avis des acteurs de marché, seules les transactions déjà signées et financées iront au bout, toutes les autres négociations en cours seront gelées, en attendant de voir la durée et l’ampleur de l’impact du coronavirus sur l’activité économique. Les premières opérations à voir le jour seront en distressed, avec l’entrée de l’Etat au capital d’entreprise stratégiques ou de fonds au capital d’entreprises avec des besoins vitaux en cash.
Celles qui pourront se le permettre chercheront sans aucun doute à patienter avant de recourir à une coûteuse levée de fonds, mais un autre danger rôde : une nouvelle vague d’OPA hostiles contre des cibles publiques à un prix bradé. C’est l’objet d’une note envoyée par Goldman Sachs à ses clients il y a quelques jours, qui met en garde contre les "raiders corporates et fonds de private equity, qui aiguisent leurs couteux". On pense bien sûr à Accor, qui est en plein cœur de la crise, et faisait déjà, selon les rumeurs, la convoitise de Blackstone à l’été dernier. Pour prévenir ce type de situation, les entreprises doivent s’armer, comme avec des pactes d’actionnaire type poison pills. Une chose est sure, même faute de M&A, les services de banquier conseil ne devraient pas connaître la crise.
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