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Sur les marchés / S&P 500
Le S&P 500 ou le rebond du chat mort
Les marchés américains ont vécu une nouvelle séance de montagnes russes mardi, où après avoir ouvert en hausse de près de 1.000 points, le Dow Jones a perdu tous ses gains en l’espace d’une seule séance. Il faut dire que les indices américains avaient commencé la semaine sur les chapeaux de roues, en hausse de plus de 7% alors même que le nombre de décès et d’hospitalisations dues au Covid-19 ne cessait d’accélérer outre-Atlantique. Au plus haut mardi, le S&P 500 affichait une hausse de 23% par rapport au point bas du 23 mars. Un phénomène que les experts de marché appellent le "rebond du chat mort" (dead cat bounce) : il signifie qu’après une période de forte baisse, le marché se reprend mécaniquement lorsque les vendeurs à découvert débouclent leur position ou que des opportunistes tirent parti d’un point d’entrée. Certes, le S&P 500 ne valait plus que 14 fois ses bénéfices attendus, contre 20 fois avant le début de cette crise, soit un plus bas depuis 2013.
Mais les investisseurs semblent ici victimes d’un leurre. Du côté sanitaire, les discours sur un aplatissement de la courbe aux États-Unis sont bien précoces, comme le montre l’évolution de la situation en Europe. Et côté valorisations, il convient de calculer les multiples au regard des prévisions révisées de bénéfices des analystes. Or, ces derniers ont depuis abaissé leurs prévisions de résultats en baisse de 13 % en moyenne, si bien que le multiple du S&P 500 a déjà rebondi à 18 fois les profits attendus.
Néanmoins, tous les analystes n’ont pas encore réévalué leurs anticipations de profits, certains préfèrent attendre les résultats du premier trimestre, les discours des dirigeants et les nouvelles prévisions 2020 pour le faire. Les bénéfices attendus pour 2020 devraient donc encore baisser dans les prochaines semaines, et à l’inverse, les actions américaines apparaître plus chères en termes de multiples.
Ce type de rebond temporaire et peu rationnel avait déjà été vécu lors de la dernière crise de 2008 ; le S&P 500 avait grimpé de 18% fin octobre 2008, puis de 24% entre fin novembre et début janvier 2009, avant de chuter de 25% et d’atteindre le point bas final en mars 2009, à un plus bas de 13 ans.
L’heure de vérité aura donc lieu d’ici peu, lorsque les premiers acteurs américains de la cote publieront leurs résultats trimestriels. Pour le moment, les analystes attendent une baisse moyenne de 5,2% de leurs profits trimestriels, soit un record depuis 2016, mais les prévisions varient très fortement en raison du manque de visibilité. Selon David Lebovitz, stratégiste global chez JP Morgan AM, "après plusieurs semaines marquées par les effets d’annonce, où les marchés ont varié de plusieurs points en une seule séance, les marchés vont se focaliser sur la microéconomie. Et cela risque d’aggraver encore la divergence entre les gagnants et les perdants de cette crise. Et surtout, des contours que va prendre cette récession".
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