WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Chroniques / Bernard Spitz

Chroniques
Bernard Spitz

Chronique
L’Europe du verre à moitié plein
par Bernard Spitz

Sur le plan économique et monétaire, la crise actuelle est profondément différente de celle de 2008 qu’on avait désignée à l’époque, rappelons-le, comme la plus grave financière de l’histoire. Le seul point commun est l’hyper-mondialisation existant entre tous les acteurs, qui a été encore amplifiée au cours de la dernière décennie.

28/04/2020 - 10:05 Temps Lecture 8 mn.

La première différence tient au fait que les États et les systèmes financiers ont gardé la mémoire de ce qui s’est passé il y a 10 ans ; mieux : qu’ils en ont tiré les leçons. C’est ainsi que le système bancaire est nettement plus robuste qu’à l’époque pour affronter pareille tempête ; que la coordination entre banquiers centraux existe et qu’elle a joué avec efficacité ; et que les gouvernements, même s’ils ont pris du temps pour converger, se sont rejoints sur deux choix :

Sur le plan sanitaire, limiter le confinement, si l’on peut contenir la progression du virus, ce qui a été possible en Europe du Nord, le mettre en place le plus vite et le mieux possible si la première ligne de défense a été enfoncée, comme en Europe du Sud. Sur le plan financier, éviter whatever it takes la crise de liquidité par des programmes nationaux et communautaires via la BCE.

 

Jusque-là, le pire a été évité

 

Alors, même confinée pour une large partie de sa population, l’Europe a pu encaisser le choc. Les gens y vivent plus ou moins normalement, plus ou moins sous contrainte, il n’y a pas de grave désordre public. Certes les réseaux sociaux s’emballent mais les forces politiques restent dans les limites d’un consensus sur les priorités qui, même imparfait, reste la ligne de plus forte pente. Les entreprises souffrent et plus encore les indépendants, beaucoup pourront néanmoins s’appuyer sur les dispositifs publics lancés, préservant ainsi en cette période l’emploi.

Jusque-là - hors un bilan humain parfois terrible et inégalement subi - le pire a été évité. À deux grosses réserves près.

La première, nous n’y pouvons rien, c’est que trop d’incertitudes sanitaires demeurent encore, comme celles relatives à la connaissance scientifique du virus, des risques de seconde vague, de la vitesse de déploiement sur les différents continents, de la découverte d’un vaccin : tous éléments qui auront des conséquences tant sur l’horizon que sur les conditions du déconfinement.

 

Renoncement aux dogmes

 

La seconde c’est celle qui tient au caractère tout aussi incertain des débats européens, économiquement et politiquement avec le doute que cela crée sur les opinions publiques. L’Europe a montré qu’elle pouvait, de façon pragmatique, renoncer à ses dogmes. Le risque demeure qu’elle ne soit pas capable de démontrer dans l’épreuve l’atout qu’elle constitue pour ses habitants. L’Europe tend un verre à moitié plein que ses habitants voient encore à moitié vide…

Lors de leur dernier sommet du 23 avril, les Vingt-Sept ont validé le paquet de 540 milliards d’euros décidé par l'Eurogroupe le 9 avril (mécanisme européen de stabilité, instrument européen de réassurance chômage SURE et mobilisation accrue de la BEI) et se sont accordés sur la nécessité et l’urgence d’un Fonds de relance massif : le verre paraît ainsi bien rempli. Sauf que pour les modalités, on renvoie à plus tard à la Commission : et le verre apparaît alors à moitié vide.

Ce Fonds est prévu pour avoir une envergure suffisante et viser les secteurs et régions les plus touchés : en cela, le verre serait plein. Sauf que son montant reste encore indéterminé : le verre est donc encore à moitié vide. Quant aux formes de l’intervention : dette ou subventions ? " Si c’est l’Europe qui s’endette pour faire des prêts à des pays, ce n’est pas à la hauteur de la réponse, car ces prêts viendront s’ajouter aux dettes que ces pays ont déjà " a déclaré Emmanuel Macron. Toutefois la Présidente de la Commission Ursula Von der Leyen a parlé d' "un équilibre entre les prêts et les subventions". Ni plein, ni vide…

 

Accroître l’autonomie stratégique de l’Union

 

Tout est ainsi. Les membres ont beau promettre de coordonner le déconfinement sur la base de la stratégie de sortie de crise présentée le 15 avril par la Commission, les disparités se multiplient. Les dates sont annoncées séparément, selon des modalités différentes dans chaque pays ce qui est d’ailleurs logique : pourquoi l’Europe du Nord, moins touchée, attendrait l’Europe du Sud ? Ils ont aussi validé la feuille de route pour la relance du Président du Conseil, Charles Michel, basée sur quatre piliers : revitalisation du marché intérieur, effort massif d’investissement, action globale de l’Union Européenne et meilleure gouvernance autour de trois principes : solidarité, cohésion et convergence, cela ne parle à personne. Enfin, ils ont confirmé la nécessité d'accroître l'autonomie stratégique de l'Union Européenne et de produire des biens essentiels en Europe ce qui pose plus de questions en matière de politique industrielle qu’il n’y a eu de réponses apportées à ce jour…

 

Trop de complexité pour nos concitoyens

 

Cette complexité, ces abstractions, ces discussions renvoyées de sommet en sommet ont un effet de désenchantement sur une opinion publique inquiète pour l’avenir économique en plus du présent sanitaire et qui donc attend beaucoup de l’Europe. Faute d’une vision claire et clairement incarnée, nos concitoyens ont pourtant bien du mal à s’y retrouver dans ces débats. De fait, ils ne s’y retrouvent pas. Les polémiques contre les Coronabonds, symboles au Nord de laxisme, ou contre le MES (mécanisme européen de stabilité) symbole au Sud d’arrogance technocratique, créent de la confusion, donc du doute. Si seule une minorité de ceux qui s’expriment sur ces sujets sait de quoi il est techniquement question, en revanche une majorité exprime un ressenti négatif parce que l’Union n’a pas réussi à dépasser cet étalage de verres à moitié vide et plein. Si sa gouvernance n’est pas capable d’incarner un projet politique, il faudra en changer.

Le rôle de la politique est de simplifier les enjeux, de prendre les décisions clés et d'entraîner les peuples dans une dynamique de protection et de confiance. Après quatre sommets, a-t-on aujourd’hui convaincu les Européens que sans l’Union, leur situation serait plus difficile ? Que notre continent va vaincre la crise sans tomber dans la récession et le chômage ? Que l’Europe les ait protégés et qu’elle leur permettra de rebondir encore mieux, dans le monde de demain ? Tout l’enjeu des temps à venir consistera à y parvenir économiquement et politiquement.

Chroniques du même auteur
Chroniques
du même auteur

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / On a souvent besoin d’un plus petit Européen que soi !

14/04/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Rule Britannia

07/04/2020 - 09:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique /

Chronique / Géopolitique du pétrole

25/04/2020 - 09:30

Chronique /

Chronique / Triste présidentielle américaine

18/04/2020 - 09:30

Chronique / Agnès Verdier-Molinié

Chronique / Dividendes : ne tombons pas dans le dirigisme !

17/04/2020 - 09:30

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Un plan de soutien unijambiste, hélas !

16/04/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / On a souvent besoin d’un plus petit Européen que soi !

14/04/2020 - 09:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Rule Britannia

07/04/2020 - 09:30

Chronique / Amélie Blanckaert

Chronique / Les mots du confinement

06/04/2020 - 09:30