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Sur les marchés / Marchés / dow jones
L’optimisme béat des marchés
"Le marché a toujours raison, mais pas raison tous les jours", l’expression chérie par Jean-Marie Messier ne pourrait être plus vraie qu’en la période actuelle. Car alors que les États-Unis ont franchi la barre du million de cas du Covid-19 et que le pays subit la plus grave crise économique depuis 1929 avec plus de 26 millions de personnes au chômage en l’espace d’un mois, les investisseurs ont trouvé des raisons de voir le verre à moitié plein. Mercredi, le Dow Jones a ainsi gagné plus de 2% - et a entraîné le CAC 40 avec lui- le jour où a pourtant été publiée une première estimation désastreuse du PIB américain au premier trimestre : une baisse de 4,8 %, soit bien pire que les 4 % attendus par les analystes.
Les marchés ont choisi de se focaliser sur deux autres informations, pourtant beaucoup moins tangibles que celle du PIB. D'abord, celle selon laquelle le laboratoire Gilead Sciences aurait trouvé un traitement contre la pneumonie efficace contre le Covid-19. Les essais cliniques menés par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) américain sont prometteurs, et s’il était approuvé par la FDA (le régulateur américain de la santé), pourrait être homologué et arriver sur le marché en quelques semaines. Ce traitement permettrait néanmoins de traiter plus rapidement des patients infectés du Covid-19 et non de se prémunir contre le virus.
Deuxième actualité chaude : la décision de politique monétaire de la Fed, où chaque mot prononcé par Jerome Powell était scruté de près. Si la Réserve Fédérale a déjà abaissé ses taux à zéro et sorti toute une artillerie de mesures pour venir en aide à une économie mise à l’arrêt, son président a mentionné qu'elle serait prête à sortir les outils à disposition de l’institution pour soutenir l’économie si elle se détériore encore. En ligne de mire bien sûr, l’hypothèse de taux d’intérêt négatifs, un scénario rarissime aux États-Unis mais qui pourrait devenir une réalité si la crise économique devait s’amplifier. Tout l’enjeu était donc pour Jerome Powell de démontrer qu’il est prêt à dégainer d’autres armes si besoin, sans avoir à le faire dès maintenant. Et à l'aune des marchés, il a semble-t-il réussi.
Reste que cette réaction des marchés, qui sanctionnent plus que tout l’incertitude en temps normal, reste improbable et incompréhensible dans une période aussi troublée. À une séance de la fin du mois, le Dow Jones a gagné 10 % lors d’un mois d’avril pourtant terriblement destructeur de richesses, d’emplois et même de perspectives.
À cet égard, il sera donc intéressant de noter quels chiffres – si ce n’est pas cette contraction du PIB record depuis 2008 – seront capables de doucher l’optimisme bat des investisseurs à l’heure actuelle. Certes, le Dow Jones reste en baisse de 15 % par rapport à son niveau de fin février, mais il ne reflète pas les révisions à la baisse de l’économie, ni bien sûr des entreprises, qui lors de leurs résultats trimestriels ont quasiment abandonné toutes leurs perspectives 2020 et ne sont pas encore capables d’évaluer l’impact total du Covid-19 sur leur activité. Et lorsque l’on sait que le PIB du deuxième trimestre pourrait afficher une baisse de 40 % en rythme annualisé, la course en avant des marchés ressemble à un énième rebond du chat mort.
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