Macro-économie / Taux / Dette obligataire / rendement
Macro-économie / Taux
Dette obligataire / rendement
Le nombre de défauts monte en flèche
Si la valse des faillites ne se fait pas – encore – sentir en Europe grâce aux mesures exceptionnelles d’aides des États, elle a bel et bien commencé aux États-Unis, où des chaînes de magasins très connues comme Neiman Marcus ou les vêtements J.Crew s’apprêtent à se placer sous la protection du Chapter 11. Et d’ores et déjà, le nombre de défauts a nettement accéléré au mois d’avril, selon une étude que vient de publier Standard & Poor’s : l’agence de notation en a dénombré 31 au mois d’avril, soit autant que sur les trois premiers mois de l’année.
Au plan sectoriel, ce sont les médias et divertissements et le pétrole et gaz (6 défauts respectivement) qui ont enregistré le plus grand nombre de banqueroutes. Et ce n’est pas un hasard, car ces deux secteurs sont aussi ceux qui ont vu le plus grand nombre de dégradations de notes de crédit sur le mois d’avril : l’énergie arrive en tête, plombée par la chute brutale des prix du pétrole, suivie par le retail, les biens de capitaux et les médias et divertissements. Et S&P n’est pas particulièrement optimiste pour la suite. L’agence de notation estime certes que les conditions financières se sont améliorées grâce aux mesures d’urgence décidées par les banques centrales, qui ont injecté de la liquidité et stabilisé les marchés financiers. Mais attend néanmoins une résurgence du taux de défaut à 10% dans les 12 prochains mois.
En parallèle des défauts, les dégradations ont aussi pour conséquence une augmentation du nombre d’"anges déchus", ces corporates qui passent de la catégorie investment grade au high yield. En France, Renault a subi ce triste sort dans l’automobile, tout comme la compagnie allemande Lufthansa, le groupe d’alimentaire américain Kraft-Heinz ou encore les chaînes de magasins Marks&Spencer au Royaume-Uni et Macy’s aux Etats-Unis cette année.
Et il est très probable que de nouveaux acteurs soient bientôt dégradés et viennent grossir les rangs de la catégorie spéculative. "Les obligations notées BBB (soit le bas de la catégorie investissement, ndlr) représentent aujourd’hui un peu moins de la moitié de la taille du marché investment grade européen et plus de quatre fois celle du marché high yield", indique David Fancourt, gérant corporate bonds High Yield de M&G. En chiffres, cela signifie que l’indice investment grade abrite 243 milliards d’euros d’obligations notées BBB-, dont 107 milliards d’euros sont sous surveillance négative ou perspective négative, et proches d’être reléguées en high yield. Si le taux d’anges déchus devait atteindre 12,8% comme en 1986, cela signifierait 156 milliards d’euros d’anges déchus sur le marché européen. De son côté, Goldman Sachs anticipe même 180 milliards d’euros d’anges déchus sur le marché européen au cours des deux prochains trimestres.
La dégradation entraîne en général une période de volatilité élevée pour les anges déchus, puisque les investisseurs qui se limitent à l’investment grade sont tenus de solder leurs positions. Une période chaotique, comme l’a montré Enron qui avait fait faillite 6 jours seulement après sa dégradation. Mais pas de raison de fuir pour autant : passée la période de volatilité, les obligations des anges déchus performent historiquement mieux que celles du reste du segment high yield.
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