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Aux États-Unis, les LBO livrés à leur (triste) sort

Start-up / Private Equity

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Aux États-Unis, les LBO livrés à leur (triste) sort

Après la faillite de la marque de vêtements J.Crew détenue en LBO, une réalité s’impose aux États-Unis : malgré un lobbying intensif, les fonds de private equity n’obtiennent pas d’aide pour leurs participations surendettées, en raison d’une règle restrictive. Une leçon ?
NYSE - bourse - drapeau américain - New York - USA - Etats-Unis
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Le LBO américain, tel que le pays le connaît depuis les années 80 et que l’ancienne candidate à la présidentielle Elizabeth Warren qualifiait de "pillage de Wall Street", pourrait-il être menacé par la crise du Covid-19 ? L’administration Trump semble bien peu encline à aménager les règles de ses plans de sauvetage exceptionnels, pour y inclure des LBO surendettés et asphyxiés. Le premier exemple frappant de cette crise sans précédent aux États-Unis est la faillite de J.Crew, une marque de vêtements qui compte près de 500 points de vente dans le monde. Elle avait été rachetée en LBO en 2011 par deux grands fonds réputés de la place, TPG Capital et Leonard Green & Partners, pour 3 milliards de dollars.

Mais les fonds ont également affublé le groupe d’une lourde dette, estimée à 1,6 milliard de dollars à fin février. En parallèle, le groupe qui avait financé une coûteuse expansion, a vu ses ventes s’effriter au fur et à mesure des années. Après six exercices de pertes, la crise Covid-19 et la fermeture totale de ses magasins l’ont finalement acculé à la banqueroute.

Comme J.Crew, les fonds sont aujourd’hui confrontés à la gestion d’urgence de nombreuses participations fortement endettées et qui affrontent le coup d’arrêt du coronavirus sur leur activité. Mais alors que les États-Unis ont également mis en place un train de mesures d’urgence pour les entreprises touchées par la crise, certains LBO n’y ont pas droit. Pour une raison technique : la règle d’affiliation. Celle-ci considère que les entreprises qui sont détenues par des fonds de private equity sont considérées comme faisant partie d’un conglomérat, et ne peuvent donc pas candidater aux prêts ouverts aux petites et moyennes entreprises, en particulier le programme d’urgence de 600 milliards de dollars décidé par la Fed la semaine passée. Et cela, alors même que la banque centrale a désormais ouvert ces lignes à des entreprises fortement endettées.

Pourtant l’industrie du private equity, qui représente 300 milliards de dollars d’investissements en 2019 et plus de 8,8 millions d’emplois aux États-Unis, fait pression pour faire valoir ses intérêts. Ils plaident que l’argent investi est aussi celui des fonds de pension et autres institutionnels publics, d’où l’urgence de venir en aide à leurs participations. Leurs opposants leur répondent qu’avec près de 900 milliards de dollars de "dry powder", l’argent engagé par ses investisseurs mais pas encore investi, ils ont les moyens de renflouer leurs investissements, quitte à réduire leur rendement. Ce à quoi ils répondent que l’argent disponible est "bloqué" dans chaque fonds et doit servir à de nouveaux investissements pour financer l’économie.

Les plus grands acteurs comme Carlyle, Blackstone, TPG etc, ont dépensé pas moins de 3 millions de dollars en lobbying à Washington au cours du premier trimestre. S’ils ont les moyens de plaider leur cause auprès de l’administration Trump (Steve Schwarzman, le patron de Blackstone, est lui-même un confident régulier du Président), ils n’ont pour l’instant pas obtenu gain de cause. Pour la plupart de ses opposants, le private equity a bénéficié de nombreuses années d’expansion économique et doit aujourd’hui utiliser cet argent au secours de ses participations. La période du "pile je gagne, face tu perds" est terminée et chacun doit prendre ses responsabilités. Une intransigeance qui pourrait donner des idées à la France, où le gouvernement est en train de sauver les LBO boîteux, probablement à pure perte.

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