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L'actionnaire heureux - et riche - de BlackRock
C'est une des plus belles culbutes d'investisseur que vient d'annoncer la banque américaine PNC Financial. En 1995, celle-ci avait acheté le jeune gérant d'actifs BlackRock, créé sept ans plus tôt par Larry Fink, pour 240 millions de dollars. Quatre ans plus tard, la firme lançait sa technologie propriétaire Aladdin et entrait en Bourse en pleine croissance, avec 165 milliards de dollars sous gestion. Aujourd'hui, PNC Financial, premier actionnaire du géant américain de la gestion - qui affiche désormais 7.400 milliards de dollars sous gestion - a annoncé son intention de vendre ses parts, valorisées à plus de 17 milliards en Bourse.
Une sortie historique du plus gros géant mondial de la gestion qui montre le poids pris par la firme de Larry Fink sur les marchés. BlackRock, dont le développement a été porté par l'essor de la gestion passive et des ETF, est devenu un partenaire indispensable des marchés et des autorités réglemenaires, comme en ce début de semaine avec la Fed.
Lundi, la Fed a en effet annoncé qu’elle allait commencer dès aujourd’hui ses rachats d’obligations corporates via des ETF. Le programme consiste à utiliser un effet de levier de 10 pour 1 sur 75 milliards de dollars de titres du Trésor, soit une puissance de tir de 750 milliards de dollars. Elle sera utilisée pour acheter des ETF d’obligations US investment grade principalement et high yield à titre secondaire. Et c'est à BlackRock qu'est revenue la lourde tâche de mettre en œuvre ce programme. Une nomination qui n’a pas manqué de faire réagir tant il démontre le pouvoir acquis par le monstre américain de la gestion d’actifs par rapport aux banques de Wall Street.
Après avoir consulté de nombreux experts sur leur analyse du choc de marché en mars, dont les banques d’investissement de Goldman Sachs et JP Morgan, l’institution dirigée par Jerome Powell a finalement mandaté BlackRock pour mener sa politique de rachats obligataires, sans aucun process compétitif. Et après avoir annoncé son "whatever it takes" le 23 mars dernier, la banque centrale américaine met aujourd’hui en œuvre ce programme tant attendu, qui a contribué à rassurer les investisseurs et ramené les spreads obligataires à la raison. Le groupe de Larry Fink a été préféré à la fois pour son expertise et sa place de market-maker, mais également sa capacité à mettre en place ce mandat à grande échelle et de façon accélérée.
Mais les immenses responsabilités confiées à BlackRock pour commencer à acheter des ETF obligataires, alors qu’il est déjà le leader mondial de ce marché notamment avec un ETF iShares iBoxx Investment Grade, font grincer des dents. La firme avait déjà travaillé aux côtés de la Fed pour gérer les actifs d’AIG et Bear Stearns après leurs faillites respectives, mais pourrait ici favoriser ses propres ETF. Une accusation "insultante" pour Larry Fink, qui a pointé du doigt un guide de bonnes pratiques encadrant les rachats orchestrés par sa firme, et des garde-fous sur sa structure de fees.
Cette décision constitue en tout cas un sévère camouflet pour les banques de Wall Street, qui sont certes plus sujettes aux conflits d’intérêt dans la mesure où ce sont elles qui arrangent les émissions obligataires et les traitent. Les grands gérants d’actifs sont désormais les éminences grises de la banque centrale ; au cours de cette crise la plus grave depuis 1929, les banques de Wall Street n’ont plus qu’à leur charge les prêts d’urgence, pour les entreprises en mal de liquidités. La stratégie de la Fed se comprend : il s'agit de compter sur les multiples atouts d’acteurs qui tirent désormais les ficelles, puisqu’ils gèrent les portefeuilles des plus grands argentiers du pays – fonds de pension, institutionnels, family offices etc.
Mais face à l’urgence, la question de réduire la dépendance à ces mastodontes, qui ne sont pas qualifiés de systémiques et échappent à cette réglementation, est remise à plus tard. Une répétition de l’Histoire ?
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