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Lufthansa fait monter l'addition dans l'aérien
Le transport aérien confirme, s’il en était besoin, son statut de principale victime de la pandémie : après les quelque 10 milliards d’euros promis à Air France-KLM (dont 7 milliards pour la seule compagnie française), Lufthansa, elle aussi menacée de faillite, vient de s’assurer une enveloppe de 9 milliards d’euros apportée par le gouvernement allemand.
Le conseil de surveillance de la première compagnie aérienne européenne a définitivement approuvé le plan de soutien concocté par Berlin. Annoncée lundi, férié pour cause de Pentecôte, la nouvelle a été saluée en fanfare par les investisseurs hier : l’action de la compagnie aérienne allemande s’est adjugé 7,8% à l’ouverture, pour terminer en hausse de 3,4% (à 9,45 euros), alimentant l’optimisme de la Bourse de Francfort.
Les négociations ont été laborieuses, signe de l’importance prise par le secteur du transport aérien : élément de souveraineté nationale, gros pourvoyeur d’emplois, syndicats puissants, symbolique forte dans l’opinion publique… Autant d’éléments qui expliquent l’insistance des gouvernements à ne pas laisser périr les compagnies aériennes. Et par conséquent la vigilance des autorités européennes pour que ces aides d’Etat n’enfreignent pas les règles de la concurrence.
Le gouvernement allemand et la Commission européenne ont signé un accord vendredi dernier, dans lequel l’apport des 9 milliards d’euros à Lufthansa est conditionné à certaines concessions face à ses concurrents dans ses deux principaux aéroports allemands, Francfort et Munich. Le compromis prévoit la cession de 24 créneaux horaires de décollage et d’atterrissage (slots), soit l’équivalent de 8 avions stationnés, à "de nouveaux concurrents" pendant un an et demi, avant que les compagnies déjà présentes dans ces aéroports puissent les acquérir s’ils n’avaient pas trouvé preneur. Toutefois, "les slots ne devront être repris que par un concurrent européen qui n'a pas reçu lui-même d'aides publiques en raison de la pandémie de coronavirus", précise Lufthansa.
Une version antérieure de l’accord avait été refusée la semaine dernière par le conseil de surveillance du transporteur allemand, au motif qu’elle aurait trop affaibli le groupe : le projet, qui avait également scandalisé une partie du monde politique et de l’opinion publique, prévoyait la cession d’une vingtaine d’appareils et d’autant de créneaux, selon les sources proches des négociations.
Après de nouvelles discussions entre Berlin et Bruxelles ayant abouti vendredi, le directoire "accepte les concessions" de la nouvelle version de l’accord. Il ne reste plus aux actionnaires qu’à approuver en assemblée générale le sauvetage, qui prévoit une augmentation de capital et une prise de participation de l’Etat allemand à hauteur de 20% de son capital (pour 300 millions d’euros et deux sièges au conseil de surveillance). La compagnie va également obtenir 5,7 milliards d’euros de fonds propres sans droit de vote, dont un milliard pourra à terme être converti en actions, et un prêt garanti par l’Etat de 3 milliards d'euros. Berlin pourra monter à 25% du capital et une action (soit la minorité de blocage) en cas d’OPA ou si Lufthansa n’honorait pas ses engagements financiers.
Les filiales du groupe dans d’autres pays (Brussels Airlines en Belgique, Swiss et Edelweiss Air en Suisse et Austrian Airlines en Autriche) négocient toujours avec les Etats et la Commission.
Début avril, Lufthansa avait effrayé les investisseurs en mettant un chiffre particulièrement imagé pour illustrer sa situation : elle a révélé perdre un million d’euros par heure – à peu près au même rythme que son concurrent Air France-KLM – alors que les mesures de confinement prises à travers le monde ont réduit son trafic de passager à néant (99%). N’ayant des réserves de liquidités que pour quelques semaines, le groupe a décidé de réduire sa flotte de 100 appareils, menaçant ainsi 10.000 emplois.
Ces plans de secours d’Air France-KLM et de Lufthansa ont suscité l’ire de la compagnie low cost Ryanair, qui veut les contester devant la justice européenne. Les autorités de la concurrence, qui ont approuvé ces mesures, ont également tenu à avertir les protagonistes contre toute tentative de surenchère, en particulier la compagnie franco-néerlandaise, qui n’exclue pas, en plus de son plan, d’avoir elle aussi recours à une augmentation de capital : la commissaire européenne Margrethe Vestager a indiqué lundi que "si elle revient pour une recapitalisation, bien sûr, elle sera dans la même catégorie que Lufthansa", a déclaré M.Vestager dans une interview accordée à Bloomberg Television. Sous-entendu qu’elle devra faire de nouvelles concessions (elle s’est déjà engagée à réduire son offre de lignes intérieures en France de 40%).
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