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La planète Airbus se prépare au séisme

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coronavirus La planète Airbus se prépare au séisme

CORONAVIRUS. Le patron de l’avionneur, Guillaume Faury, a indiqué que la production serait réduite de 40 % pendant les deux années qui viennent en raison des conséquences de la pandémie. De quoi faire craindre des suppressions de postes massives.
Guillaume Faury
Guillaume Faury

Fin avril, Airbus n’avait pas pris de mesures d’adaptation radicales, malgré l’effondrement de la demande des compagnies aériennes et des sociétés de leasing en raison de la pandémie – provoquant une hémorragie de cash – et en dépit du mode "survie" dans lequel il se trouvait. L’utilisation massive des mécanismes de chômage partiel, oui (3 200 salariés au Royaume-Uni, 3 000 en France…), mais pas de suppressions de poste. Mais d’après les nouvelles prévisions du géant de l’aéronautique en termes de production, on peut suspecter un nombre de suppressions de postes très important, voire historique.

Dans un entretien à Die Welt paru hier, Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus, a dressé des perspectives sombres : "Pour les deux années qui viennent, 2020 et 2021, nous considérons que la production et les livraisons [d’avions civils, ndlr] seront inférieures de 40 % à ce que nous avions initialement prévu" a-t-il déclaré au quotidien allemand. La situation a donc empiré : le groupe a dû réduire sa production de 30 % à 35 % en avril et pensait pouvoir la maintenir à ce niveau au cours des deux années qui viennent. Son chiffre d’affaires dans les avions de ligne représente en année pleine 55 milliards d’euros. Et la demande n’est pas près de repartir : selon le dirigeant, elle retrouvera son niveau de 2019 d’ici à 2025 – même si la reprise devait être plus rapide pour les mono-couloirs (vers 2022 ou 2023). Relais de croissance du secteur depuis plusieurs années, ce type d'appareils semble également plus adapté à un monde "post-covid", où l’on prévoit une baisse de la demande de vols intercontinentaux, au détriment donc des gros-porteurs.

Une telle cure d’amaigrissement pourra difficilement ne pas avoir de conséquence sociale. Pudiquement, Guillaume Faury indique que le groupe, qui emploie environ 135 000 salariés dont 81 000 dans les avions commerciaux, va devoir s’y adapter. Mais il ne dit mot sur les suppressions de postes inévitables. Il affirme simplement qu’"aucune chaîne d’assemblage final ne sera fermée. […] Nous ne voulons pas modifier de manière importante notre empreinte industrielle", mais ajoute que rien ne sera laissé au hasard pour réaliser des économies. Plusieurs sources citent des chiffres entre 15 000 et 20 000 postes.

La discrétion du patron s’explique. Airbus doit présenter aujourd'hui et demain aux partenaires sociaux son plan de réorganisation – qui sera rendu public à l’annonce de ses comptes du premier semestre le 30 juillet. Le groupe entrera ensuite dans une "quiet period" de deux semaines (terme qui désigne un laps de temps précédant la date de publication des comptes durant lequel une entreprise cotée ne peut communiquer).

Le plan sera également présenté aux gouvernements français, allemand et espagnol (qui détiennent respectivement 11 %, 10,9% et 4,1 % du capital d’Airbus). Nul doute qu’il sera scruté de près, étant donné l’utilisation par le groupe des mécanismes publics de soutien à l’économie mais aussi au secteur. En revanche, Airbus a bien pris soin de ne pas solliciter de garantie d’État pour un prêt de trésorerie comme le PGE en France, conscient que cette démarche aurait nécessairement des contreparties (suspension des dividendes, investissements sur le territoire des États actionnaires, relocalisations, ou autres engagements de ce type). Renault en sait quelque chose, même si les concessions du constructeur automobile sont en définitive supportables, puisqu’elles ne l’ont pas empêché d’aller de l’avant avec son plan d’économies – annoncé fin mai mais prévu, il est vrai, depuis la fin de l’année dernière.

Les syndicats, qui n'avaient aucun élément précis jusqu'à hier, sont évidemment tous préoccupés. Mais, selon un délégué CFDT contacté hier soir, les plus grandes inquiétudes sont pour le tissu de sous-traitants, particulièrement dépendant des commandes du géant Airbus et des grands équipementiers donneurs d'ordres.

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