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réductions d'effectif, suppression de postes

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coronavirus Airbus mesure les dégâts

CORONAVIRUS. L’avionneur a annoncé le plus grand plan de réduction d’effectifs de son histoire. Des chiffres qui ne font pas l'unanimité.
Siège opérationnel et atelier d’assemblage Airbus - Blagnac
Siège opérationnel et atelier d’assemblage Airbus - Blagnac

C’est le plus important de son histoire, mais le plan de réduction d’effectifs annoncé hier soir par Airbus ne surprend pas. Avec une baisse d’activité de 40% dans l’aviation commerciale et un trafic aérien qui ne devrait pas retrouver son niveau de 2019 avant 2023 au mieux, le groupe aéronautique et de défense a prévu une cure d’amaigrissement de 15.000 postes à travers le monde – dont 5.000 en France, 5.100 en Allemagne (en plus des 900 déjà annoncés pour la filiale Premium Aerotec), 1.700 au Royaume-Uni et 900 en Espagne. Cela représente 11% de ses effectifs mondiaux et plus de 16% des 90.000 collaborateurs du périmètre des avions commerciaux. Dans un délai très court : les 12 prochains mois.

Le groupe a précisé qu’il utiliserait le plus possible les départs volontaires et en préretraites, mais il n’a pas totalement exclu les licenciements contraints. Ce plan donne une idée de la violence de la crise. Il s’ajoute aux 2.665 suppressions annoncées par sa branche Défense et Spatial en février.

Comme il n’a pas sollicité les garanties publiques proposées par différents Etats (dont la France à travers le PGE et l’Allemagne) pour ses financements de trésorerie, Airbus est moins soumis que d’autres aux pressions politiques – les gouvernements français, allemand et espagnol détiennent respectivement 11%, 10,9% et 4,1% du capital du groupe mais le mécanisme de gouvernance est tel qu’il limite l’influence directe des Etats, qui ne siègent pas au conseil d’administration. Notamment qu’Air France-KLM, qui a reçu plus de 10 milliards d’euros d’aides des Etats français et néerlandais mais va annoncer prochainement 7.600 suppressions de postes…

Le bras de fer n’en a pas moins débuté. Airbus estime que si les mesures du plan de soutien à l’aéronautique annoncées par les Etats sont effectivement votées, 3.000 postes pourraient être préservés : 1.000 emplois hors R&D et 500 ingénieurs en France (où le plan sectoriel atteint 15 milliards d’euros), et 1.500 en Allemagne, où un mécanisme similaire a été annoncé.

Le gouvernement français veut davantage. Estimant que le chiffre annoncé par Airbus est "excessif", le ministère de l’Economie et des Finances a "refait les calculs cette nuit". "Si vous mettez en place l’activité partielle longue durée, c’est 1.500 emplois qui seraient sauvés. On investit aussi massivement sur l’avion de demain, la nouvelle génération d’avions verts, sobres en carbone, c’est 500 emplois qui vont être sauvés pour Airbus. Déjà 2.000 emplois " en France, a indiqué le secrétaire d’Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari – donc 500 de plus que ce qu’anticipe l’avionneur. Airbus employait 49.000 personnes dans l’Hexagone fin 2019. Mais avant d’y voir plus clair, les dispositifs devront absolument être votés en l’état.

Sans surprise, les syndicats des divers pays concernés, qui suspectaient un plan massif, ne se satisfont pas du plan : le britannique Unite parle de "vandalisme industriel", tandis que la CFDT estime son ampleur injustifiée, dans la mesure où Airbus "a subi peu d’annulations de commandes au cours des derniers mois", que son carnet représente 10 ans de production et que le groupe aura besoin de "toutes les compétences" pour profiter du rebond des monocouloirs (segment dans lequel il devance Boeing) et développer des avions de demain moins polluants. Toutefois, la plupart sont conscients que des mesures de réduction de voilure sont inévitables. Selon les analystes d’UBS, le projet permettrait à Airbus d’économiser 1,5 milliard d’euros à partir de l’été 2021 et de ressortir "plus agile malgré le recul de sa production" et "de retrouver sa position face à la concurrence ", essentiellement de Boeing.

Mais au-delà de ces tensions prévisibles, le risque le plus grand est probablement ailleurs : que les Etats, qui seront confrontés à un chômage massif, se livrent à une course les uns contre les autres pour tenter de négocier des maintiens de lignes de production ou de programmes auprès d’Airbus. L’Europe, où les sujets de discordes sont déjà nombreux, n’a pas besoin d’un conflit supplémentaire.

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