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Thales compte sur sa diversification pour amortir de l'effet Covid
Comme la plupart des groupes industriels de par le monde, Thales avait pris la décision, fin mars, de suspendre ses objectifs annuels, au moment de la propagation mondiale du coronavirus et de la généralisation des mesures de confinement. Le groupe français d'aéronautique et de Défense en a annoncé de nouveaux ce matin, qui donnent la mesure des conséquences profondes de la pandémie.
Pour l'ensemble de l'année 2020, Thales vise un chiffre d'affaires compris entre 16,5 et 17,2 milliards d'euros et un résultat opérationnel compris entre 1,3 et 1,4 milliard, soit une marge d'environ 8%, le tout avec un plan d’économies de 750 millions d’euros. Des montants beaucoup plus modestes que ceux prévus en début d'année : le groupe pensait alors pouvoir réaliser entre 19 et 19,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires (contre 18,4 milliards en 2019), pour une marge opérationnelle située entre 10,8 et 11%, contre 10,6% en 2019. Seul objectif maintenu, un book-to-bill supérieur à 1, "porté par une tendance solide de prises de commandes dans la branche Defense & Securité", indique le PDG de Thales, Patrice Caine.
Cet élément souligne les efforts de Thales à réduire sa dépendance à l'égard de l'aéronautique civile. Une stratégie qui s'avère bien à propos dans le contexte actuel, la crise sanitaire ayant touché de plein fouet la demande des compagnies aériennes en avions. A l'inverse, la pandémie n'a que peu affecté les commandes publiques d'équipements de Défense et de sécurité. L'acquisition de Gemalto (intégré en avril 2019) prend tout son sens.
Cette tendance s'est évidemment déjà reflétée au premier semestre, dont Thales a publié les comptes ce matin. Marqué par l'arrêt de l'activité de ses clients, le carnet d'ordres a chuté de 23% à périmètre constant (à 5,36 milliards d'euros) en raison d'un coup d'arrêt des gros contrats (supérieurs à 100 millions d'euros), dont le montant total a été divisé par trois. Mais grâce à l'intégration de Gemalto, la baisse est contenue (-13%) et Thales peut finalement publier un carnet d'ordres de 6,1 milliards. De même, son chiffre d’affaires a chuté de seulement 5,4% au premier semestre (à 7,8 milliards d’euros), mais il aurait décliné de 13,6% sans la consolidation de Gemalto.
Le pôle Aérospatial est le seul de Thales à afficher une perte opérationnelle au premier semestre (de 109 millions d'euros, contre un bénéfice de 270 millions un an plus tôt) ; son chiffre d'affaires a chuté de 26%. A contrario, les activités Identité numérique & Sécurité ont vu leur marge passer de 4,5% à 9,5%, pour un bénéfice opérationnel qui a quadruplé à 140 millions et un revenu qui a quasiment doublé (grâce à Gemalto). Le pôle Défense & Sécurité a relativement résisté, avec une marge de 10% (contre 14,5% un an plus tôt) pour un chiffre d'affaires en baisse de seulement 7,6%.
Pour les années à venir, l’aéronautique civile ne sera évidemment pas porteuse pour Thales (ni personne d’autre d’ailleurs). "Nous estimons que cette division retrouvera en 2022 son niveau de rentabilité de 2019", a indiqué Patrice Caine. Les autres activités civiles sont en revanche portées par des tendances "sociétales" de long terme, que la pandémie a, dans certains cas, amplifiées : le transport ferroviaire, les objets connectés, des solutions de sécurité ou d’identification sans contact… Si "la visibilité reste faible dans les satellites de télécommunication", la surveillance environnementale et la nécessité de réduire le fossé numérique devraient soutenir la demande de technologie spatiale, estime le dirigeant. Même la gestion du contrôle aérien, qui sera cruciale pour limiter les émissions du trafic lorsque celui-ci retrouvera un cours plus normalisé. Et dans la Défense, les contrats correspondent à des objectifs de long terme des États.
Pour revenir aux comptes semestriels, Thales a vu son résultat net ajusté chuter de 60% (à 232 millions d’euros). Il estime avoir maîtrisé son flux de trésorerie disponible (free cash-flow) opérationnel, traditionnellement négatif au premier semestre dans l’aéronautique : il se situe "juste en dessous de l’effet saisonnier traditionnel", se réjouit Patrice Caine (-471 millions d’euros, contre -332 millions un an plus tôt). Toujours est-il que la fuite de trésorerie a mécaniquement pesé sur l’endettement net du groupe, passé de 3,3 milliards fin 2019 à quasiment 4 milliards d’euros.
Les investisseurs n'ont en tout cas pas apprécié la teneur des comptes : l'action Thales perdait quasiment 6% vers 16h15.
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