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Thales / Patrice Caine
Thales plus conquérant que jamais
Thales ne connaît pas le ralentissement mondial. Mardi, l’industriel spécialisé dans les équipements et systèmes électroniques pour l’aérospatiale, le transport, la défense et la sécurité a dévoilé des résultats annuels de très bonne facture, et supérieurs à ce qui était envisagé par le consensus. Ainsi, le groupe a enregistré plus de 16 milliards d’euros de nouvelles commandes, contre un objectif initial de 15,5 milliards d’euros. Il a dégagé un chiffre d’affaires en croissance organique de 5,3 % (contre 4 à 5 % attendus) à 15,86 milliards d’euros, "portée par une année exceptionnelle dans le Transport et une croissance solide dans le secteur Défense et Sécurité", a précisé le PDG, Patrice Caine.
Thales a ainsi démontré une fois de plus son expertise en matière de défense et sécurité, la division la plus importante du groupe puisqu’elle génère 55 % de ses revenus. Son chiffre d’affaires était en croissance organique de 13 % l’an passé à 8,77 milliards d’euros. Le transport n’est pas en reste, en hausse de 6 % l’an passé à 1,85 milliard d’euros. Seule petite ombre au tableau, l’aérospatiale qui a connu une fin d’année plus difficile avec des ventes en recul de 2,9 % au dernier trimestre, mais due à des "effets de phasage" entre le troisième et quatrième trimestre, selon la société.
Le groupe a surtout réussi une croissance impressionnante de sa rentabilité : l’Ebit a bondi de 25 % en organique à 1,68 milliard d’euros (contre une fourchette attendue de 1,62 à 1,66 milliard d’euros), soit une hausse spectaculaire de 170 points de base de sa marge opérationnelle, à 10,7%. Au final, Thales a fait grimper son résultat net consolidé part du groupe de 44 %, à 982 millions d’euros, et peut se permettre de distribuer un dividende en augmentation de 19 %, à 2,08 euros par action.
Mais l’année n’aura pas été marquante que dans les chiffres. Fin 2017, Thales avait réalisé un beau coup en mettant la main sur le fabricant de cartes à puce Gemalto, aux dépens d’Atos pour 4,8 milliards d’euros, mais le dossier s’est avéré plus complexe et long que prévu. En juillet 2018, les autorités antitrust européennes ont ouvert une enquête approfondie sur ce rachat mais les longues discussions avec les deux parties ont porté leurs fruits. En décembre dernier, l’Union européenne a approuvé cette fusion, à condition que Thales cède son activité de modules matériels de sécurité à usage général, qui réalise 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Aussitôt fait de la part de Thales, qui a annoncé la semaine dernière avoir cédé son spin-off Cypher Security à l'Américain Entrust Datacard, pour 350 millions d’euros selon Les Échos.
Grâce à ce feu vert et après celui des autorités américaines et russes, Patrice Caine compte rapidement mettre en œuvre l’OPA sur Gemalto avant fin mars. Qui devrait générer entre 100 et 150 millions d’euros de synergies de coûts annuels d’ici 2021 et une relution du BNPA ajusté de 15 à 20 %, selon les prévisions faites au moment de cette annonce fin 2017. En revanche, point de grand projet de fusion avec Alstom après le mariage avorté de ce dernier avec Siemens, a précisé Patrice Caine au Financial Times ce mardi. Les risques concurrentiels "seraient tellement élevés" qu’une telle fusion serait "de facto impossible", annonce le dirigeant. Qui a nié une quelconque intervention en ce sens de l’État, actionnaire à 25 % de Thales, pour appuyer un tel scénario. Une décision sage au plan réglementaire, mais qui a peut-être déçu les marchés, le titre ayant baissé injustement de 1 % dans la foulée de ces résultats.
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