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Faut-il vraiment se féliciter du succès des PGE ?

Politique économique / PGE / Coface / Bpi

Politique économique
PGE / Coface / Bpi

Faut-il vraiment se féliciter du succès des PGE ?

Près de 500 000 entreprises ont obtenu un ou plusieurs prêts garantis par l’état pour un montant total de 85 milliards d’euros. Mais la Coface estime que cela n’empêchera pas les défaillances d’entreprises d’augmenter de 21 % en France d’ici 2021.
Billets - euros -
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C’est la mesure phare du plan de soutien à l’économie mis en place dès le début du confinement : le Prêt garanti par l’État. Puisque l’État n’a pas le droit de prêter de l’argent à des entreprises, faute d’être accusé par Bruxelles de distorsion de concurrence, il a décidé de faciliter l’octroi de prêts par les banques en prenant à sa charge une grande partie du risque.

Dès le 16 mars dernier, alors même qu’Emmanuel Macron annonçait l’instauration d’un confinement il promettait que "pas une entreprise ne ferait faillite" à cause de cette mise sous cloche du pays et de notre économie. Et pour cela il annonçait que l’État allait garantir des prêts aux entreprises pour un montant inédit de 300 milliards d’euros. Pour les petites entreprises, l’État prend donc à sa charge 90 % du risque lié à ces prêts. Pour celles dont le chiffre d’affaires est supérieur à 1,5 milliard d’euros ou dont l’effectif est de plus de 5 000 salariés, il prend à son compte 70 à 80 % du risque.

Quant aux banques, elles prêtent à prix coûtant. C’est-à-dire généralement à 0,25 %. Ce qui est intéressant pour beaucoup d’entreprises qui ont besoin de se faire un petit matelas de précaution. Ces prêts sont remboursables un an après la signature ou bien amortissables sur cinq ans.

Après un démarrage difficile et des modalités techniques qui ont dû être reprécisées à plusieurs reprises par Bercy ou par la Fédération Bancaire Française, les Prêts garantis par l’État ont finalement rencontré un succès spectaculaire. Nicolas Dufourcq, le patron de la Banque Publique d’Investissement a révélé hier que près de 500 000 entreprises françaises ont obtenu un prêt garanti par l'État. Ce qui représente un montant de près de 100 milliards d'euros. Et le patron de la BPI d’en conclure que c’est un immense succès, puisque le même système déployé en Allemagne n’a convaincu à ce jour que 55 000 entreprises.

Bien sûr c’est un beau résultat en termes statistiques. Bien sûr cela montre que le produit était adapté aux besoins immédiats de trésorerie de nombreuses entreprises. Bien sûr cela montre que les banques ont joué le jeu du crédit comme jamais. Mais faut-il vraiment se féliciter d’avoir surchargé les bilans des entreprises françaises, déjà bien fragiles, de 100 milliards de dettes supplémentaires. Est-ce que ces prêts vont sauver les 500 000 entreprises qui y ont fait appel, ou bien vont alourdir leur bilan et les placer dans une situation difficile, surtout si l’activité ne repart que très mollement.

Il est de bon ton de se gausser du peu de succès rencontré par les mêmes prêts garantis mis en place en Allemagne, qui ont suscité l’intérêt de dix fois moins d’entreprises françaises. Mais c’est plutôt une bonne nouvelle. Cela veut dire que les entreprises allemandes ont de meilleurs bilans, une meilleure maîtrise du besoin en fonds de roulement et moins de craintes pour leur trésorerie.

Hier, peu après l’intervention de Nicolas Dufourcq, la Coface a estimé que les défaillances d’entreprises allaient augmenter d’un tiers d’ici 2021. Ce qui est considérable. Mais curieusement, elles vont augmenter de 21 % en France et de seulement 12 % en Allemagne où les entreprises ne se sont pas précipitées aux guichets des banques pour obtenir un PGE.

Et si en poussant les entreprises à s’endetter plutôt qu’à s’adapter à cette récession l’État n’a-t-il pas joué aux apprentis sorciers ? Ne va-t-il pas être à l’origine de nombreuses défaillances d’entreprises d’ici le printemps prochain, écrasées par des bilans chargés de dettes ? La réponse est évidemment prématurée. Mais la question mérite d’être posée.

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