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Sur les marchés / CAC 40 / dow jones / krach boursier
Marchés : le scénario du pire revient en force
Cela faisait des semaines que les épidémiologistes prédisaient une très probable deuxième vague d’infections au Covid-19 et que les économistes anticipaient une reprise lente et poussive. Mais les investisseurs n’en ont eu cure, préférant se projeter dans une chimère post-confinement. Jeudi, ils se sont brusquement rendus à l’évidence, et cela a été très douloureux : après le CAC 40 qui a clôturé en baisse de 4,7%, le Dow Jones a décroché de plus de 1.800 points (-6,9 %), soit sa pire séance depuis mars dernier. Depuis plusieurs semaines, les marchés américains comme européens ont grimpé sur l’espoir né de la réouverture des économies, faisant fi des risques sanitaires corrélés à cela. Si ce n’est pas encore le cas en France, les États américains qui ont commencé le déconfinement voient une résurgence des cas, que ce soit la Californie, la Floride ou le Texas. Et même si le pays a passé les 2 millions de cas et les 110.000 morts, selon les données de John Hoepkins University, Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor, a affirmé sur CNBC qu’ “un reconfinement généralisé n’est pas une option”.
Par ailleurs, les propos de Jerome Powell, lors de sa conférence de presse mercredi, ont douché l’euphorie ambiante. Le président de la Fed a jugé que l’économie américaine allait mettre des années à se remettre de la crise, et dans ses nouvelles prévisions macroéconomiques, la banque centrale a dit s'attendre à une baisse de 6,5% du PIB cette année, et un taux de chômage à 9,3%. Jeudi, pas moins de 1,5 million de personnes se sont inscrites aux allocations chômage, soit deux fois plus qu’au plus fort de la crise de 2009 et un total de 44 millions de chômeurs supplémentaires depuis le début de la crise.
De l’avis des spécialistes de marché, cette correction était attendue, tant le rebond a été rapide et peu soutenu par des fondamentaux, depuis fin mars dernier. “Trop vite, trop fort”, jugeait Laurent Denize, co-CIO d’Oddo BHF AM, lorsque le Nasdaq a clôturé à un plus haut historique de plus de 10.000 points mercredi. Les valeurs tech ont été les grandes gagnantes de cette période, en particulier Amazon qui a bondi de plus de 50 % depuis le début de la crise, si bien que l’indice technologique, qui rassemble les plus grosses capitalisations boursières avec les GAFA, paraît encore plus décorrélé de l’économie réelle que jamais.
Le “sell-off” paraît donc assez rationnel, surtout aux Etats-Unis où le S&P 500 était revenu à 21,5 fois les bénéfices attendus à 12 mois, contre une moyenne de 15 fois sur 10 ans. Et cela, alors même que tout porte à penser que la situation économique va encore s’aggraver avant de s’améliorer. Pourtant, certaines voix attribuent cette correction à des prises de profits, après une période intense de rallye. C’est l’argument de Jeremy Siegel, professeur à Wharton School qui estime qu’au-delà de cette séance, les marchés devraient continuer à grimper, grâce aux liquidités apportées par la Fed et la BCE. A ce stade, ce raisonnement ressemble plus à du “wishful thinking”, mais il ferait les affaires de Donald Trump, qui est entré dans sa campagne électorale.
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