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Start-up / Private Equity

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La finance durable monte d'un cran

Le fonds d’investissement EQT a signé une facilité de crédit à souscription de plus de 2 milliards d’euros liée à la réalisation d’objectifs ESG par les sociétés de son portefeuille. Une rareté, surtout pour ce montant.
financeverte
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Que l’on croit en leur efficacité ou pas, les critères ESG s’immiscent incontestablement dans la finance. En témoigne le financement bancaire massif que vient d’obtenir EQT. Le fonds d’investissement d’origine suédoise (qui vient d’ouvrir un bureau à Paris) a signé une facilité de crédit à souscription (SCF) liée à des critères ESG d’un montant de 2,1 milliards d’euros, qui pourra être porté à un maximum de 5 milliards. Elle est destinée à son activité de private equity (capital-investissement).

Le SCF est un produit qui fonctionne comme un crédit-relais, mais qui est lié au métier du private equity : lorsqu’un fonds acquiert une société, il n’a pas nécessairement l’intégralité de la part en capital qu’il doit verser. En attendant que ses clients souscripteurs ne lui apportent le cash, il sollicite la somme auprès de banques en tirant sur une ligne de crédit qu’il aura obtenue préalablement. Sur ce plan, l’annonce d’EQT n’apporte rien de nouveau.

En revanche, chose beaucoup plus rare, la SCF est structurée en fonction de critères de performance ESG : elle entre donc dans la famille des Sustainability-linked loans (SLL). C’est-à-dire que la marge payée aux banques évoluera à la hausse ou à la baisse en fonction de l’atteinte de certains critères ESG fixés à l’avance. Trois en l’occurrence : l’égalité des sexes au sein des conseils d’administration, la transition vers les énergies renouvelables et une organisation de gouvernance permettant la réalisation de ces objectifs et favorisant le développement durable.

En outre, alors que la plupart des financements sustainable-linked ne prévoit que des pénalités, celui d’EQT fonctionne à la hausse et à la baisse.

Autre particularité, les critères s’appliqueront aux sociétés dans lesquelles EQT investit, au lieu de se limiter au fonds d’investissement lui-même. Déterminer les critères et le mécanisme de prime/pénalité alors que les sociétés du portefeuille ne sont pas connues à l’avance s’est avéré particulièrement compliqué, nécessitant six mois de travail. "En plus de convenir des critères et de leur faisabilité, il a fallu déterminer un mécanisme suffisamment général pour fonctionner quel que soit le secteur et tenir compte de dates d’acquisitions et de durées de détention différentes, tout en permettant de juger efficacement de la performance ESG des sociétés acquises et du fonds", indique Alexis Collonge, coordinateur Finance durable pour les financements structurés pour la zone EMEA chez BNP Paribas, qui a coordonné la transaction avec la banque suédoise SEB, dans un consortium de plus de 15 banques.

Un marché encore balbutiant

Dans la catégorie des produits d’investissement ESG, la facilité de crédit d’EQT fait partie des "produits à incitations" (incentive products), affectés aux besoins généraux des émetteurs mais dont le pricing dépend en partie à la réalisation d’objectifs ESG. Ils se différencient des financements avec use of proceeds plus classiques, comme les green bonds, sustainable bonds ou les financements d’énergies renouvelables, lesquels sont liés à un investissement précis.

Les premiers sont récents et se développent lentement : ils sont apparus mi-2017. Ils restent rares, plutôt utilisés par des grands groupes, en particulier sous la forme d’émissions obligataires (des bonds et non des loans bancaires). À l’image d’Enel en septembre dernier : si la proportion de capacité installée d’électricité d’origine renouvelable de l’énergéticien italien n’atteint pas 55% fin 2021 (contre 46% au premier semestre 2019), le coupon augmentera de 25 points de base.

Dans le métier du capital-investissement, les SLL et SL-bonds sont encore plus rares. Début janvier, pour la première fois en Europe, Eurazeo a annoncé une ligne de crédit à 1,5 milliard d’euros en indexant le calcul de sa marge sur des critères ESG, dans une opération avec un consortium de 13 banques. "Cette annonce a été un stimulant le milieu du private equity en Europe. Depuis janvier, nous avons un dialogue plus nourri avec les fonds de capital-investissement, mais aussi d’infrastructures", raconte Alexis Collonge.

Les mécanismes de prime/pénalité prévus dans ces structures ne sont toutefois jamais dissuasifs ; ils marquent surtout la volonté des acteurs de se positionner sur le thème du développement durable. Cela dit, les produits sustainability-linked traduisent le poids croissant des indicateurs extra-financiers. "La valorisation, la vision sur la stratégie et la qualité de crédit d’une société vont dépendre pour une part croissante des paramètres ESG. Un investisseur ou un émetteur doit désormais montrer qu’il a compris cela", affirme Alexis Collonge.

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