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Europcar Mobility Group / Eurazeo / volkswagen
Europcar, retour à la case départ ?
Le titre Europcar avait commencé la journée sur les chapeaux de roue, en hausse de 17%, mais l’emballement est rapidement retombé comme un soufflé. Le soudain rebond du groupe de location de voitures en Bourse est lié à deux dépêches de Bloomberg et de Reuters, affirmant que le constructeur automobile allemand Volkswagen explorait une offre sur Europcar. L’information ne manque pas de croustillant dans la mesure où c’est Volkswagen lui-même qui avait vendu Europcar à Eurazeo en 2006, en plein pic du marché des LBO avant la crise financière, pour la coquette somme de 3 milliards d’euros.
La firme d’investissement, habituée aux périodes de détention classiques du private equity, n’anticipait pas de passer autant de temps au capital d’Europcar. En cause la crise Lehman Brothers puis celle de la zone euro, et plusieurs dissensions avec le management de sa participation. Le dirigeant Philippe Guillemot, aujourd’hui à la tête d’Elior, avait été brutalement écarté en 2012 par Patrick Sayer le patron d’Eurazeo. Ce dernier lui avait reproché de propager des informations négatives sur le groupe aux banques mais aussi de chercher un nouvel actionnaire, notamment en engageant des discussions avec KKR - et Eurazeo a gagné son litige en cassation récemment. La valse des patrons a continué lorsque son successeur Philippe Germond, qui a organisé l’IPO en 2015, a lui aussi été remercié deux ans plus tard.
Aujourd’hui, Europcar, qui connaissait déjà des difficultés avant la crise du coronavirus, est bien mal en point. Le groupe, qui dépend beaucoup du trafic dans les aéroports et gares et a du coup subi un coup d’arrêt de son activité, a obtenu un PGE (Prêt Garanti par l’Etat) de 220 millions d’euros et des aides étrangères pour un total de plus de 300 millions d’euros. Le groupe, dont la dette nette a bondi à plus d’1 milliard d’euros à fin mars en hausse de plus de 20% sur trois mois, a annoncé un plan de réduction des coûts de 850 millions d’euros cette année, mais prévoit que l’impact le plus fort sera au deuxième et troisième trimestre, en raison d’une demande très faible.
Le dossier présente donc des risques financiers importants pour Volkswagen, qui affronte lui aussi une contraction historique du marché automobile. La faillite du géant américain de la location de voitures Hertz fait certes froid dans le dos, mais le groupe allemand pourrait aussi voir des opportunités dans l’acquisition d’Europcar, dans un marché aux conditions uniques. Par exemple, le français a très bien commencé dans l’autopartage avec Ubeeqo, qui représente encore une part marginale de ses revenus mais le créneau est prometteur. Par ailleurs, Volkswagen a poussé les feux dans la voiture électrique avec une enveloppe de 60 milliards d’euros pour ce marché d’ici 2024, et pourrait les allouer à une filiale de location, surtout si la demande automobile reste faible à moyen terme.
Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Eurazeo, qui garde près de 30% du capital et qui a déjà tenté de mettre en vente sa participation à plusieurs reprises (la dernière en date en fin d’année), affiche une sérieuse moins-value : le titre Europcar a chuté de plus de 80% depuis son IPO et ne pèse plus que 395 millions de dollars en Bourse, loin de son point d’entrée. Tout sera une question de prix mais pour le fonds, solder cette aventure de 14 ans pourrait aujourd’hui être la priorité, surtout dans un contexte aussi averse.
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