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Règle Volcker : la Fed lâche du mou, mais surveille les dividendes
C’était un des thèmes de campagne de Donald Trump en 2016 : la dérégulation bancaire, le corpus de règles infligées aux banques accusé d’obérer la capacité de celles-ci à manœuvrer et à prêter. Jeudi, une nouvelle étape du relâchement de ces obligations a été décidée : la Fed et quatre agences réglementaires ont annoncé un assouplissement de la fameuse règle Volcker, qui interdit aux établissements financiers de faire du trading sur fonds propres ou d’investir dans des hedge funds ou du private equity. Ainsi, les banques auront désormais la possibilité d’investir dans différents segments du capital-risque, mais seront aussi délivrées de l’obligation de constituer des coussins de capitaux lorsqu’ils achètent des produits dérivés de différentes filiales d’un même groupe.
Ces nouvelles règles, qui entreront en vigueur le 1er octobre prochain, vont libérer des milliards de dollars pour les banques, si bien qu’elles ont bondi en Bourse jeudi, après cette annonce. Mais cette euphorie aura été de courte durée : en fin de journée, la Réserve Fédérale a publié les résultats de ses stress tests bancaires et a retoqué l’ensemble de leurs plans de distribution de dividendes, alors qu’elle ne l’avait fait dans le passé que pour les établissements qui y avaient échoué. Et les titres bancaires ont reperdu tous leurs gains en Bourse vendredi. En particulier, l’institution dirigée par Jerome Powell a interdit aux 34 banques qu’elle supervise de procéder à des rachats d’actions au troisième trimestre, et d’augmenter leurs dividendes, par rapport à ceux versés au deuxième trimestre.
L’objectif de cette décision est bien sûr d’obliger les banques à constituer des matelas de capitaux pour pouvoir continuer à prêter pendant la récession causée par la crise du coronavirus. Après une contraction de 5 % du PIB au premier trimestre, le pire est à venir, selon les économistes, qui tablent sur une récession de 30 % au deuxième trimestre, tandis que le FMI attend un recul de 8 % du PIB américain cette année. Surtout, dans un contexte où le nombre de cas est reparti en forte hausse, la Fed projette que le nombre de prêts défaillants pourrait être bien plus élevé avec cette crise qu’en 2008. Dans le cas extrême, les pertes sur crédit des 34 banques se chiffreraient entre 560 et 700 milliards de dollars, et les ratios de capitaux chuteraient de 12 % à fin 2019 à une fourchette comprise entre 7,7 et 9,5 %.
Malgré ces données, la Fed s’est montrée plus indulgente envers les banques que sa consœur européenne, la BCE, qui avait fortement recommandé aux banques d’annuler leurs dividendes, faisant plier même les plus récalcitrantes. Cette décision n’a d’ailleurs pas été approuvée par tous, les démocrates ayant voté contre ce nouveau pan législatif. Paul Volcker, décédé en décembre dernier, avait lui-même critiqué ces projets d’assouplissement de sa règle, jugeant qu’ils "amplifient le risque dans le système financier, augmente le hasard moral et affaiblit les protections contre les conflits d’intérêts qui étaient si évidents lors de la dernière crise".
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