Macro-économie / Taux / Patron / Clara Gaymard / Gonzague de Blignières
Macro-économie / Taux
Patron / Clara Gaymard / Gonzague de Blignières
Série Les Patrons et "le Monde d'après" - Clara Gaymard et Gonzague de Blignières
Comment votre entreprise a-t-elle traversé la crise du Covid-19 ?
La vocation de RAISE de soutenir les entrepreneurs, a pris plus que jamais son sens lors de cette crise sanitaire et économique sans précédent. Les entreprises, quelles que soient leur taille et leur secteur, ont toutes été déstabilisées au même moment dans leurs approvisionnements, dans leur production et dans leurs marchés finaux. Dans ce contexte complexe, notre priorité chez RAISE a été et reste de soutenir les dirigeants de nos participations et de les accompagner dans leur prise de décisions visant à préserver la santé de leurs salariés, leur trésorerie et leur activité. Cela passe en particulier par le recours aux dispositifs de soutien mis en place par les pouvoirs publics tels que le chômage partiel, les prêts garantis par l’Etat, les reports d’échéances fiscales et sociales, pour lesquels nous avons partagé les meilleures pratiques au sein de notre portefeuille, et auxquels nos équipes ont participé activement dans certains cas.
Nous avons également participé, à notre échelle au sein de RAISE, à l’effort de solidarité face à la pandémie en soutenant les acteurs qui se mobilisent en première ligne contre ce virus. Nous sommes ainsi fiers de soutenir le collectif #ProtègeTonSoignant à travers un don de 100 000€, qui s’est donné pour mission d’apporter une solution concrète au manque de matériel dans les hôpitaux, au plus près des besoins des soignants. De la même manière, le Fonds de dotation RAISESHERPAS a souhaité remettre un prêt d’honneur exceptionnel de 100 000 € en soutien à la startup ExactCure qui est parvenue à développer un jumeau digital qui stimule l’efficacité de médicaments dans le corps d’un patient en fonction de ses caractéristiques personnelles. Enfin, nous accompagnons l’ensemble des entrepreneurs présents dans notre écosystème avec un soutien stratégique et opérationnel sur toutes les problématiques et difficultés rencontrées, mais aussi par exemple en actant un moratoire de six mois pour l’ensemble des prêts financiers octroyés.
Y aura-t-il, pour vous, une "France d’après" cette crise sanitaire et économique ?
Ces derniers mois nous ont surtout appris le besoin d’un "Monde avec". Si la crise sanitaire et économique que nous traversons a souligné l’importance de la prudence face à l’épidémie, elle a également révélé la nécessité d’un monde avec l’autre. Cette leçon peut nous aider à préparer l’après, en construisant une économie plus juste, plus résiliente, fondée sur l’équilibre et le partage. Chez RAISE, nous avons eu la volonté dès le départ de concilier finance et sens, performance et générosité, en plaçant la philanthropie au cœur de notre modèle : nos équipes d’investissement donnent ainsi 50 % de leur intéressement pour financer l’accompagnement des jeunes entreprises, afin de pérenniser leur croissance. Notre conviction est que la bienveillance constitue un véritable moteur économique. Les entreprises doivent pleinement assumer des positionnements plus durables et plus responsables. Nous sommes convaincus que nous devons développer de nouveaux modèles d’entreprises, circulaires et plus agiles pour créer de nouvelles chaînes de valeur sociales et environnementales.
La crise du coronavirus va-t-elle rebattre les cartes de la mondialisation ?
La crise du coronavirus a révélé toutes les fragilités de la mondialisation, telle qu’on la connait aujourd’hui, telle qu’on la vit, et mis en évidence combien elle devait être repensée. Notre dépendance en Europe pour des produits simples et vitaux doit être reconsidérée : nous avons besoin de plus de régulation dans certains secteurs essentiels afin d’y instaurer une autosuffisance. Nos comportements de consommation évoluent par ailleurs et les citoyens-consommateurs sont devenus plus sensibles aux méthodes de production, à l’innovation et au respect de l’environnement et des droits de l’homme. La France doit retrouver pleinement sa compétitivité et pour cela nous avons besoin de réindustrialiser le pays, et de vivre et consommer local.
Faut-il davantage de "souverainisme économique" comme le dit le Chef de l’État ?
Nous croyons au patriotisme économique. La mobilisation des entreprises pour protéger les secteurs stratégiques et pour renforcer et accompagner ceux qui doivent l’être demain, permettra de renforcer notre compétitivité, pour surmonter cette crise économique sans précédent. Nos modèles basés sur la mondialisation et sur la création de valeur pour l’actionnaire ont montré leurs limites. Les ruptures d’approvisionnement, les dysfonctionnements dans les échanges ont exposé au grand jour que certaines délocalisations étaient dramatiques en cas de crise et qu’il fallait disposer de sources locales pour répondre aux imprévus. Dans certains secteurs comme l’agriculture, le patriotisme économique peut apporter beaucoup. Nous devons être confiants dans nos propres forces.
Êtes-vous inquiets de l’état de nos finances publiques après cette crise ?
Oui bien sûr. Face à cette crise sanitaire et économique, il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises décisions. Il y a seulement des décisions nécessaires, prises en conscience et en responsabilité, dans le but de préserver l’intérêt général. L’Etat a été au rendez-vous pour amortir le choc et donner les instruments européens pour avoir une relance solidaire et forte. Malgré toutes les incertitudes qui continuent de peser, nous constatons désormais que l’économie redémarre vite et fort. Cela nous redonne confiance pour l’avenir.
Si vous deviez souffler une mesure à nos dirigeants, quelle serait-elle ?
Se donner les moyens de faire de la France un champion agricole mondial, et plus particulièrement le premier pays de l’agroécologie dans le monde. La France est sublime. Ses territoires sont uniques et les zones rurales, lorsqu’elles ne sont pas devenues touristiques, ont été les grandes oubliées du siècle dernier. Et pourtant la qualité de vie y est exceptionnelle. Dans la droite ligne de l’annonce du "green deal", en décembre dernier, d’Ursula von der Leyen, qui irriguera tout l’arsenal législatif et réglementaire de l’Europe ces prochaines années, nous croyons qu’il est indispensable de prendre en compte l’intérêt stratégique d’une politique agricole commune et forte, tant au niveau européen que sur les marchés internationaux. Dans cette optique, il est urgent d’accompagner les agriculteurs qui le souhaitent dans leur transition écologique, de financer la Recherche & Développement sur le génie de la nature et le biomimétisme, d’accélérer le développement de tous les savoirs sur le travail avec la nature et d’aider à l’aménagement des zones rurales pour permettre aux familles et aux plus jeunes de s’y installer. La France possède des atouts agricoles considérables et doit saisir l’opportunité de se repenser.
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