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Marchés : à quand le « wake-up call » ?
Depuis plusieurs séances, l’indice CAC 40 oscille sans cesse entre vert et rouge, un jour porté par des statistiques encourageantes, l’autre prenant peur en raison de la propagation inéluctable de la pandémie dans d’autres pays. L’indice parisien a néanmoins progressé de 12,28 % au deuxième trimestre après une chute de 25,6 % au premier trimestre, au cœur de la crise du coronavirus. Aux États-Unis, le rebond est encore plus spectaculaire : le Dow Jones a grimpé de près de 18 %, soit sa plus forte hausse depuis… 1987 ! Le Nasdaq, l’indice des valeurs tech américaines, a profité de la résilience des GAFA et est en tête des performances après avoir gagné près de 30 %, soit un record depuis 1999, juste avant l’éclatement de la bulle Internet.
De part et d’autre de l’Atlantique, cette euphorie est en grande partie due à l’action historique des banques centrales européenne et américaine, qui ont sorti leur bazooka pour racheter des titres d’État et corporates, parfois même de la catégorie high yield dans le cas de la Fed, et éliminer le stress des marchés lié à la propagation mondiale de la pandémie. Les gouvernements ont également joué leur rôle, en décidant en urgence de plans d’aide massifs en faveur des entreprises et de leurs employés, que ce soit via le Paycheck Protection Program (PPP) aux États-Unis ou le chômage partiel et le fameux Prêt Garanti par l’État en France.
Grâce à cette injection d’argent public sans précédent, même en comparaison avec la crise de 2009, les investisseurs ont été bercés par une douce illusion, celle d’une crise sanitaire et économique certes brutale et douloureuse, mais de courte durée. Les dispositifs publics ont retardé les défauts des entreprises de plusieurs mois, si bien que les marchés ont misé avec enthousiasme sur une reprise en V, rapide et vigoureuse. Pourtant, les économistes ont rivalisé de lettres pour qualifier cette reprise - W, L ou même la virgule du fameux sigle Nike – mais n’ont pas envisagé une telle reprise, tant les données macroéconomiques sont dégradées.
Outre-Atlantique en particulier, où les demandes de chômage ont explosé à un niveau historique, soit un total de 20 millions de sans-emploi en l’espace de quelques semaines. Le PIB pourrait se contracter à un niveau jamais égalé au deuxième trimestre, soit plus de 30 % en rythme annualisé, et les banques américaines tout juste sorties des stress tests ont annoncé que les provisions pour pertes de crédits allaient bondir au deuxième trimestre. Sans parler de la situation sanitaire, avec une résurgence de cas et la sonnette d’alarme tirée par Dr Anthony Fauci, l’immunologue en charge à la Maison Blanche, qui évoque un scénario de 100 000 nouveaux cas par jour d’ici peu si les États concernés ne battent pas en brèche le virus.
Tous ces facteurs indiquent que les marchés ont péché par excès d’optimisme, et surtout dopés par les perfusions des banques centrales. Mais ils pourraient être brusquement rappelés à la réalité des fondamentaux, dès que les sociétés vont publier des résultats semestriels laminés par de longues semaines de confinement. À titre d’exemple de cette décorrélation, le S & P 500 s’échange à 21,5 fois les bénéfices attendus à 12 mois, contre une moyenne de 16,8 fois sur cinq ans. Un rééquilibrage, en Europe comme aux États-Unis, ne paraît que trop justifié.
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