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Total régale ses actionnaires
Double peine pour Total au deuxième trimestre. Entre avril et juin, le groupe pétrolier a subi de plein fouet et l'effondrement des prix de l'or noir (qui l'ont conduit à des dépréciations d'actifs record de 8,1 milliards de dollars annoncées hier soir) et une forte baisse de la demande mondiale, en pleine épidémie de Covid. La major française a par conséquent dévoilé ce matin sa première perte nette trimestrielle depuis 2015, de -8,4 milliards de dollars, contre un bénéfice 2,8 milliards un an plus tôt. "Au cours du deuxième trimestre, le Groupe a fait face à des circonstances tout à fait exceptionnelles : la crise sanitaire du Covid-19 qui affecte l'économie mondiale et la crise des marchés pétroliers avec un prix du Brent en très forte baisse à 30 dollars du baril en moyenne, des prix du gaz historiquement faibles et des marges de raffinage très dégradées compte tenu de la chute de la demande", a déclaré le PDG ce matin, Patrick Pouyanné.
Rappelons que le baril de brut est descendu jusqu'à 15 dollars le 21 avril dernier, et que le WTI est même brièvement passé en territoire négatif, les investisseurs cherchant alors désespérément à se débarrasser de leurs barils de pétrole américain dans un marché saturé, les capacités de stockage étant quasiment pleines. Une situation directement liée à la dégringolade de la demande mondiale d'or noir, alors qu'une grande partie de l'économie mondiale était à l'arrêt du fait du confinement. Si le baril de Brent est depuis lors remonté et s'échangeait aujourd'hui autour de 42 dollars, il ne devrait pas pour autant retrouver ses niveaux de janvier dernier, à 70 dollars, avant plusieurs années. Pour quelles raisons ? La demande devrait rester faible, vu le ralentissement économique actuel, et les pays de l'OPEP+ devraient tenir leur objectif de quotas de production. Tout ceci a conduit Total à réviser ses hypothèses de prix sur les prochaines années, misant désormais sur un baril de Brent à 35 $/b en 2020 (contre 60 dollars dans ses perspectives initiales), 40 $/b en 2021, 50 $/b en 2022 et 60 $ /b en 2023 ; "les prix du gaz ont été ajustés en conséquence", a précisé le groupe hier soir.
Hors dépréciation d'actifs liée à cet effondrement des cours donc, le résultat net part du groupe de Total a atteint 126 millions de dollars, contre 2,9 milliards de dollars à la même époque l'an dernier, soit un effondrement de 96% sur un an ! Mais les analystes s'attendaient à pire, puisque le consensus tablait sur une perte nette de l'ordre de 400 millions de dollars sur le trimestre. "Les résultats sont meilleurs que ce à quoi nous nous attendions. Le groupe a fait état d'importants bénéfices commerciaux, ce qui semble être une constante ce trimestre parmi les majors du pétrole. On s'y attendait vu l'environnement très volatil des marchés, mais il était difficile de le modéliser correctement", explique ainsi Kevin Vo, analyste chez AlphaValue.
Les quatre branches d'activité du groupe ont souffert du contexte de guerre des prix entamée par les membres de l'Opep cet hiver et de la chute de la demande mondiale. Le résultat opérationnel de la division exploration-production s'est ainsi établi à -209 millions de dollars au second trimestre, contre 2 milliards de dollars l'an passé, du fait de la forte baisse des prix de l'or noir et du gaz, et de la baisse de la production. La production a ainsi atteint 2,85 millions de barils équivalent par jour au second trimestre, soit une baisse de -4% sur un an. Pour l'année, le géant pétrolier anticipe désormais une production comprise entre 2,9 millions et 2,95 millions de bpj, soit légèrement moins que ce qui avait été initialement annoncé.
Le résultat net opérationnel net ajusté de la division raffinage-chimie a lui aussi diminué, de 20% au second trimestre, à 575 millions de dollars, en raison d'une baisse des marges de raffinage et du faible taux d'utilisation des capacités des installations. Si les activités de Total dans la vente de GNL (Gaz Naturel Liquéfié) ont progressé de 22% sur un an et de 24% au premier semestre notamment du fait de la croissance du négoce, le résultat net ajusté du secteur a toutefois diminué de 24% sur un an, en raison de la chute des prix du gaz. La dernière branche du groupe, dédiée au marketing et aux services a quant à elle particulièrement souffert des mesures de confinement, avec des ventes en baisse de 30% sur le trimestre et de 20% au premier semestre. Du coup, le résultat opérationnel net ajusté a diminué de 70% sur le trimestre, à 129 millions d'euros.
Autre annonce importante aujourd'hui et qui démontre la volonté de compagnies pétrolières de faire malgré tout leur part du travail dans la lutte contre le changement climatique : Total a décidé de qualifier ses projets "oil sands" canadiens de "stranded assets" (c'est-à-dire présentant des réserves de plus de 20 ans et des coûts de production élevés, dont la totalité des réserves pourraient donc ne pas être produites avant 2050). Et de les déprécier pour un montant de 7 milliards de dollars. "La reconnaissance par les majors pétrolières de la présence de 'stranded assets' au sein de leurs livres est un signal fort et confirme la position de Total concernant la transition énergétique", explique encore Kevin Vo d'Alpha Value.
Malgré ce contexte historiquement difficile, Total a prouvé sa résistance avec un free cash-flow de 3,6 milliards de dollars, grâce à la bonne tenue de ses activités de négoce et à l'efficacité de son plan d'actions mis en place dès le début de la crise, avec notamment une bonne maîtrise de ses dépenses. Compte tenu de cette résistance, la major a donc décidé de maintenir le deuxième acompte sur dividende, à 0,66 euro par action. Des annonces qui n'ont pas empêché les investisseurs de s'inquiéter pour l'évolution du groupe à court terme, son patron ayant prévenu que le point bas pourrait n'être atteint qu'au troisième trimestre : en fin de journée, le titre évoluait en baisse de près de 1,5%.
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