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Vers des faillites en cascade dans le schiste américain

Politique économique / pétrole / Pétrole de schiste

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coronavirus Vers des faillites en cascade dans le schiste américain

CORONAVIRUS. Le boom du gaz et du pétrole de schiste américain qui a eu lieu au cours des dix dernières années et créé plus de 11 millions d’emplois va se transformer en descente aux enfers avec la chute du prix du baril. Des faillites en cascade sont attendues, avec une seconde vague sur les banques créancières.
Puits de pétrole
Puits de pétrole

Depuis la crise de 2008, l’Amérique est dopée au gaz et au pétrole de schiste. Les techniques de la fracturation hydraulique - autorisées outre-Atlantique et non en Europe - ont permis de mettre à jour de très nombreux puits, y compris dans des régions du nord des États-Unis, qui n’étaient pas jusqu’ici pétrolifères, à la différence du Texas et du très prolifique Golfe du Mexique.

En l’espace de dix ans, on a vu émerger des petits producteurs indépendants qui ont facilement levé des capitaux en bourse sur la seule promesse de ce nouvel eldorado et qui ont financé leurs investissements – très importants – auprès de petites banques souvent locales. On estime qu’au cours de la décennie passée, pas moins de 430 milliards de dollars ont été levés auprès de différents circuits afin de financer ces nouvelles entreprises pétrolières.

Grâce à tout ce pétrole de schiste l’Amérique est devenu autosuffisant pour la première fois en septembre dernier. Elle s’est même mise à exporter du pétrole, puisqu’elle est devenue le premier producteur au monde avec 13,6 millions de barils par jour, contre 12 millions pour l’Arabie Saoudite. Mais tout cela, c’était dans un monde où le baril de pétrole évoluait entre 60 et 70 dollars le baril.

L’éclatement de l’axe Moscou Riyad au début du mois de mars, à la suite de la baisse de consommation de la Chine, liée à la crise du coronavirus, a fait plonger le baril de pétrole texan au-dessous de 20 dollars hier matin. Et certains prévisionnistes s’attendent à ce qu’un nouveau prix d’équilibre soit long à trouver tant les problèmes d’offre, de demande et de stockage sont complexes et ne sont pas seulement économiques, mais aussi géopolitiques.

 

240 milliards d’échéances bancaires

 

De fait, depuis le début du mois c’est un pan entier de l’industrie américaine qui vacille. Selon Baker Hughes on ne comptait plus ces derniers jours que 728 puits en fonctionnement. Ce qui signifie que 278 points de forages ont stoppé leur production. Pour deux raisons. La première, technique. Car maintenant c’est l’économie américaine qui est à l’arrêt et si le pétrole ne trouve pas de débouché, il faut le stocker. Or on estime que d’ici un mois, toutes les infrastructures de dépôts seront saturées. La seconde, financière, car s’il y a dix ans chaque baril de pétrole de schiste coûtait 70 dollars à produire, ce prix de revient est estimé aujourd’hui entre 40 et 50 dollars. Dans ces conditions, pas un seul producteur n’est aujourd’hui rentable.

Mais le pire est à venir. Car ces compagnies pétrolières qui ont lourdement investi, à crédit sans faire de réserves lors des années grasses, sont contraintes de continuer à payer leurs échéances bancaires. Au moins 40 milliards de dollars cette année et 200 milliards entre 2021 et 2024. Une mission quasi impossible pour nombre d’entre elles. Ce qui a conduit Standard & Poor’s à dégrader fortement les 6 principaux producteurs il y a quelques jours. Mais tous n’ont pas eu recours au seul crédit obligataire. Il y a de nombreuses banques locales aux États-Unis comme aux Canada qui possèdent à la fois des créances et des actions de ces compagnies.

Tout cela signifie qu’à la crise économique très sévère que les États-Unis s’apprêtent à vivre à la suite de la crise sanitaire qui les affecte de plein fouet, va s’ajouter une crise financière générée par les faillites de nombreuses banques régionales dans la foulée du dépôt de bilan de producteurs de pétrole de schiste incapables de faire face à leur endettement. Et surtout ce sont une grande partie des 11 millions d’emplois directement concernés par "l’industrie du schiste" qui sont menacés de manière durable. Mais le plus étonnant, c’est que le Plan Trump, de 2000 milliards de dollars de soutien à l’économie ne prévoit pas la moindre mesure pour ces entreprises pétrolières dont le Président américain était si fier. Les voilà donc abandonnées à leur sort funeste.

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