Professions financières / EQT / Colisée / IK
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EQT / Colisée / IK
La dépendance fait tourner les têtes des fonds d'investissement
L’ouverture du bureau parisien d’EQT Partners en juin dernier avait fait grand bruit dans le microcosme du private equity. Cela laissait supposer un intérêt particulier pour le marché français de la part de la société d’investissement de la puissante famille suédoise Wallenberg, elle qui avait jusqu’ici piloté depuis Londres ses quelques placements hexagonaux (Saur, CallDesk, TinyClues et plusieurs actifs immobiliers).
La réponse n’a pas tardé : EQT a annoncé hier l’ouverture de négociations exclusives avec IK Investment Partners – un autre investisseur d’origine suédoise – pour prendre le contrôle de Colisée, un spécialiste de la dépendance (Ehpad et aide à domicile). Il s’agit de sa première opération française depuis qu’il a ouvert son antenne parisienne. EQT entend contrôler une très grande majorité du capital de Colisée (probablement proche de 90%). Il se porte notamment acquéreur de la participation d’IK (soit 64% du capital, selon Capital Finance).
L’opération est menée par l’équipe Infrastructure d’EQT, dirigée par Thomas Rajzbaum, qu’il a rejoint fin 2019 après avoir travaillé 8 ans pour le fonds Carlyle. L’équipe investit à travers EQT Infrastructure V. Ce fonds mondial est à la hauteur de l’acquisition de Colisée et atteste des grandes ambitions d’EQT en général, et dans les infrastructures en particulier. Avec un objectif de 12,5 milliards d’euros, il promet d’être le plus grand véhicule européen jamais levé dans cette classe d’actifs (et probablement dans le top 5 mondial). Son prédécesseur, d’un montant de 9 milliards d’euros clos en 2018, était déjà le plus gros fonds infrastructure européen à l’époque.
Colisée est un géant : il gère 270 établissements et agences dans quatre pays (France, Belgique, Espagne et Italie), emploie plus de 16.000 personnes et réalise plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel. Il est le quatrième opérateur français d’Ehpad derrière Korian, Orpea et DomuVi.
EQT ne communique pas la valorisation de Colisée. Mais il en donne une idée dans son communiqué : "Avec l’acquisition de Colisée, EQT Infrastructure V sera investi à hauteur de 5 à 10% par rapport à son objectif de taille du fonds". Ce qui donne au minimum 625 millions d’euros en equity si l’on considère raisonnablement que le fonds V atteindra son objectif de collecte. Etant donné qu’il convient d’ajouter la dette d’acquisition de ce LBO et que, selon nos informations, le levier ne devrait pas être très agressif, on peut imaginer une valeur d’entreprise minimum d’environ 1,2 milliard d’euros. En avril 2017, IK avait acquis Colisée auprès d'Eurazeo PME sur une valeur de 650 millions d'euros.
Les établissements de santé, en particulier ceux liés à la dépendance, représentent un placement défensif par excellence, avec des revenus récurrents, mais aussi très rémunérateurs (les services sont d’autant plus facturés au prix fort que certains Etats mettent en place des subventions, comme l’APA en France). De quoi susciter l’engouement des fonds de LBO. L’histoire de Colisée en témoigne : IK ne l’aura conservé dans son escarcelle que trois années, pendant lesquelles Colisée a triplé de taille. Et l'appel d'offres remporté par EQT, organisé par la banque Lazard, a été disputé : les rumeurs de marché évoquent les fonds d'infrastructures Antin IP et Macquarie, ainsi que les fonds de capital-investissement CVC Capital Partners et HLD - lequel s'était associé avec l'assureur-vie Predica.
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