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LVMH, Tiffany, luxe, M&A

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LVMH décoche une deuxième flèche au risque de vider son carquois

Le géant du luxe veut maintenant saisir lui aussi la justice américaine contre Tiffany. Mais trop d’arguments différents pour justifier l’abandon de l’acquisition risquent d’affaiblir sa position.
Bernard Arnault - LVMH
Bernard Arnault - LVMH

LVMH ne se laisse pas désarçonner par la plainte déposée hier par Tiffany & Co, dont il a abandonné l’acquisition pour 16,2 milliards de dollars. Le géant français du luxe vient à son tour d’annoncer qu’il allait saisir la justice américaine. Avec un argument différent de celui qu’il a utilisé la première fois (une demande du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de repousser la conclusion de l’accord en raison des négociations commerciales tendues entre les Etats-Unis et la France) : LVMH invoque désormais, dans un nouveau communiqué diffusé aujourd’hui, la "mauvaise gestion de la crise" sanitaire par Tiffany.

Son conseil d’administration "a constaté que ses résultats du premier semestre et ses perspectives pour l’année 2020 sont mauvais, et significativement inférieurs à ceux des marques comparables du groupe LVMH pendant la période". Devant le tribunal, "LVMH sera donc amené à mettre en cause la gestion de la crise par le management de Tiffany et son conseil d’administration". Le joaillier américain affiche en effet une perte nette de 33 millions de dollars au premier semestre, tout en annonçant le versement de dividendes de 58 cents au titre des premier et deuxième trimestres 2020.

Tout cela doit permettre à LVMH d’invoquer une nouvelle clause de sortie, pour éviter d’avoir à mener l’acquisition de Tiffany à son terme (à une valorisation désormais très généreuse étant donné les perspectives du joaillier américain et du prix actuel de son action).

Une approche que le groupe de Bernard Arnaud assume totalement : il estime que "cette période est affectée par une situation de force majeure (material adverse effect), que Tiffany n’a pas suivi un cadre normal de gestion (ordinary course of business), notamment en distribuant des dividendes substantiels alors que la société était en perte, et que les opérations et l’organisation de cette société n’ont pas été préservées (not substantially intact)". Des termes qui correspondent aux clauses évoquées dans le contrat d’acquisition déposé auprès de la SEC, le gendarme de la Bourse américaine.

Le scénario Richemont

Reste qu’à utiliser trop d’arguments différents, LVMH risque d’affaiblir la raison qui justifie l’abandon de l’acquisition de Tiffany : si elle est suffisamment forte, pourquoi en rajouter ? Il est vrai que la raison d’Etat invoquée peut susciter le doute. C'est la première fois qu’un ministre intervient pour décourager une acquisition d’une entreprise française à l’étranger – la puissance publique intervient historiquement de manière défensive.

Quel est le but de LVMH ? Il peut être de faire pression sur Tiffany pour obtenir une baisse de prix. Mais l’on connaît le sens tactique de Bernard Arnaud. Selon une rumeur de marché, LVMH pourrait être tenté de jeter son dévolu sur Richemont. "Le prix de l’action Richemont offre probablement à LVMH l’occasion de faire une meilleure affaire si un accord pouvait être bâti, en lui donnant accès à deux marques de joaillerie mondiales, Cartier et Van Cleef, plutôt qu'une seule", estime Swetha Ramachandran, directrice des investissements actions européennes chez GAM Investments. Certains intervenants de marché font ainsi un lien entre le retrait de l’offre de LVMH sur Tiffany et le report par Richemont de son programme de distribution de warrants destiné à certains de ses actionnaires historiques à quelques heures de son assemblée générale – deux décisions intervenues le même jour.

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