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Suez : l’Etat risque le bras de fer avec Engie
Dans la tentative de Veolia de prendre le contrôle de Suez, Engie a choisi son camp au risque qu’un bras de fer s’engage avec l’Etat, qui est pourtant son premier actionnaire.
En effet, alors que le conseil d’administration d’Engie avait accueilli favorablement mercredi soir la nouvelle proposition de Veolia, le fonds de capital-investissement Ardian a confirmé ce matin avoir également fait part à Engie son intention de lui acheter une participation de 29,9% de Suez, comme Wansquare l’a révélé hier soir. Une proposition qui a immédiatement reçu le soutien du conseil d’administration Suez, très hostile au démantèlement que lui promet Veolia (qui prévoit de vendre de l’activité Eau en France au fonds d’infrastructures Meridiam, tandis que l’activité Déchets en France risque elle aussi d’être cédées, pour les mêmes raisons de concurrence).
Ardian se pose donc en chevalier blanc. Sauf que l’offre du premier acteur du private equity européen, dirigé par Dominique Senequier, est extrêmement succincte et donne peu d’éléments de comparaison avec celle de Veolia. Il n’est ainsi pas fait mention d’un prix, alors que les 18 euros par action Suez proposés par le numéro un mondial du traitement de l’eau et des déchets (bien davantage que sa première offre de 15,50 euros) paraissent difficilement surpassables. Et chose étrange qu’une lettre d’intention dans laquelle ne figurerait aucun prix. Est-ce le signe qu’Ardian ne peut s’aligner sur Veolia ? Malheureusement, ni Suez, ni le fonds d’investissement n’ont pas pour l’instant été en mesure de répondre aux sollicitations de Wansquare.
En outre, Ardian écrit qu’il "souhaite constituer un consortium d’investisseurs institutionnels privés et publics, à dominante française, pour réaliser ce projet et lancer une offre publique amicale". En clair, il n’a pas, fort raisonnablement, l’intention de porter la transaction seul (acquérir Suez au prix proposé par Veolia représenterait une opération d’environ 22 milliards d’euros dette comprise), mais le consortium n’est pas encore constitué. C’est donc un obstacle de plus, sachant que la nouvelle date butoir de validité de l’offre de Veolia n’a été repoussée que jusqu’au 5 octobre. Le temps presse. Autre chose étonnante, Suez indique ce matin dans son communiqué de réponse favorable à Ardian que l’acquisition des 29,9% de capital détenus par Engie sera "suivie immédiatement" d’une OPA sur l’ensemble des titres. Or, Ardian ne précise aucun timing.
Ces éléments sont probablement le signe de l’urgence dans laquelle Ardian et Suez ont travaillé, alors que Jean-Pierre Clamadieu, le président d’Engie, regrettait mardi devant l’Assemblée nationale l’absence d’offre alternative que promettait Suez depuis plusieurs semaines. D’après nos informations, Ardian n’a déposé sa lettre d’intention qu’hier après-midi.
Mais si Engie continue pour l’instant de favoriser l’offre de Veolia, Suez dispose d’un atout : selon nos informations, l'initiative d’Ardian bénéficie du soutien de Bercy et, probablement, de la Présidence de la République. Ardian est d’ailleurs bien introduit à l’Elysée. L’un de ses associés gérants, Emmanuel Miquel, a été conseiller de la présidence de 2017 à 2019.
La question est : jusqu’à quel point l’Etat, qui rappelons-le contrôle 24% du capital et 34% des droits de vote d’Engie, va-t-il engager un rapport de force avec le conseil d’administration de l’industriel ? Question subsidiaire : le gouvernement est-il prêt à prendre le risque de voir les actionnaires minoritaires d’Engie et de Suez, furieux d’avoir été floués d’une bonne affaire, multiplier les procédures ? L’enjeu est la crédibilité du discours martelé ces dernières années par les gouvernements successifs sur l’attrait international de la Place de Paris – qui passe par la fin du "capitalisme de connivence" à la française et de l’interventionnisme de la puissance publique.
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