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David Azéma, banquier chez Perella, « rattrapé par la Patrouille »

Dirigeants, gouvernance / Perella Weinberg / David Azéma / Bruno Le Maire

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Perella Weinberg / David Azéma / Bruno Le Maire

exclusif David Azéma, banquier d'affaires, « rattrapé par la Patrouille »

EXCLUSIF. Le banquier vedette de Perella Weinberg à Paris, qui a été il y a quelques années Patron de l’Agence des Participations de l’État, aurait fourni des informations erronées à la Commission de Déontologie, lorsqu’il a voulu rejoindre le privé. Choqué par ses révélations, Bruno Le Maire vient de demander une enquête à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique. Une première dans l’histoire de l’administration des finances.
David Azéma
David Azéma

Rien ne va plus pour David Azéma, le banquier vedette de Perella Weinberg Partners France, qui est actuellement l’un des principaux banquiers conseils de Veolia dans son projet de rapprochement avec Suez. Pourtant cet énarque et socialiste bon teint, qui s’apprête à fêter dans quelques jours ses soixante ans, a eu jusqu’ici une carrière exemplaire de haut fonctionnaire.

Licencié en droit, Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris. Élève à l’École nationale d’administration (promotion Fernand Braudel) de 1985 à 1987, il sort parmi les meilleurs et rejoint la Cour des comptes comme Auditeur, puis Conseiller référendaire à la Cour des comptes avant d’être appelé comme chargé de mission auprès du Directeur général de la police nationale. Mais son carnet d’adresses va surtout s’épaissir lorsqu’il est nommé conseiller technique au cabinet de Martine Aubry, alors Ministre du Travail – comme Jean-Pierre Clamadieu, aujourd’hui patron d’Engie – avant de devenir directeur adjoint, puis Directeur du cabinet de la ministre.

En 1995, changement de gouvernement, David Azéma rejoint la SNCF comme chargé de mission à la direction de l'économie, de la stratégie et des investissements de la SNCF puis Conseiller du président, Directeur des filiales et participations, Président-directeur général d'Eurostar Group Ltd de 1999 à 2002. Une première fois il passe alors dans le secteur privé en étant directeur général Directeur général délégué puis Directeur général de Vinci Concessions et Membre du comité exécutif du groupe. Puis revient à la SNCF, aux côtés de Guillaume Pépy en tant que Directeur général délégué aux finances et à la stratégie et Président-directeur général de SNCF Participations, avant de devenir Président du directoire de Keolis

Sympathisant socialiste, il est nommé par François Hollande, Commissaire aux participations de l'État et Directeur général de l'Agence des participations de l'État de 2012 à 2014. Mais en juin 2014 il accepte la proposition de Bank of America Merrill Lynch de devenir Vice-président de la banque de financement et d'investissement pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique et déménage à Londres. Il y restera jusqu’à fin 2017 date à laquelle il est chargé par Perella Weinberg de monter une antenne parisienne. C’est au printemps 2014, très précisément le 19 mai, que David Azéma contacté par Bank of America, commence à remplir son dossier pour la Commission de Déontologie. Dans sa lettre de saisine il affirme n’avoir jamais entretenu de relations d’affaires avec son futur employeur et n’avoir jamais signé de contrat en sa faveur. Le 12 juin 2014 la commission de déontologie présidée par Jacques Arrighi de Casanova émet un avis favorable qui est transmis le 17 juin à David Azéma.

 

Un contrat en or pour Bank of America

 

Mais l’état qui a besoin d’argent pour boucler ses fins de mois décide de vendre sur le marché en quelques heures 3,1 % du capital de GDF Suez dans la nuit du 24 au 25 juin 2014. Et à qui l’Agence des participations de l’État fait-elle appel comme bookrunners, c’est-à-dire teneurs de livres ? À la Société Générale, Goldman Sachs et Bank of America, le futur employeur de David Azéma. Selon des sources de marchés cette dernière aurait empoché 30 à 35 millions d’euros à l’occasion de ce placement accéléré.

Bien sûr la moindre déontologie aurait dû interdire à David Azéma de faire profiter son futur employeur de cette si belle opération. Interrogé par Laurent Mauduit, journaliste à Médiapart pour les besoins de son très bon livre Prédations sur les privatisations, l’intéressé a expliqué que c’est l’une de ses adjointes Astrid Milsan qui avait contracté avec Bank of America. Mais le journaliste a pris le soin de vérifier par lui-même en saisissant la Commission d’accès aux documents administratifs. Et il a découvert qu’elle a signé en précisant qu’elle agissait pour son supérieur hiérarchique, David Azéma.

Fort de cette découverte stupéfiante, Laurent Mauduit a donc saisi directement le ministre des finances en septembre, pour savoir quelles suites il entendait donner à l’affaire. Finalement le 29 octobre dernier Bruno Le Maire a décidé de saisir la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique qui a repris les prérogatives de la Commission de Déontologie. Si bien que l’un des membres de son collège est Jacques Arrighi de Casanova. Il s’agit là d’un cas très rare dans l’histoire de l’administration des finances.

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