Macro-économie / Taux / défaillance / Entreprise
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De multiples défaillances d'entreprises à attendre en 2021
La crise que nous traversons n’a rien de semblable avec les précédentes. Son caractère "non-économique" justifie une intervention sans précédent de l’État pour que les entreprises viables ne meurent pas. Selon le rapport publié par le conseil d’analyse économique (CAE), le nombre d’ouvertures de procédures collectives est en recul et les défaillances d’entreprises ont diminué de 35,9 % cette année par rapport à l’année dernière.
Les mesures budgétaires en place avec les prêts garantis par l’État (PGE), les possibilités de chômage partiel, les exonérations de charges, les moratoires accordés par les banques et le refus des Urssaf d’assigner en justice, ont maintenu artificiellement le nombre de défaillance à un niveau très bas. Les entreprises avaient aussi la possibilité, jusqu’au 24 août dernier, de ne pas être considérées légalement en état de cessation de paiements si leur situation s’était dégradée au-delà du 12 mars. Mais cette mesure n’est plus en place et cela n’a pas conduit à un rattrapage, si bien que ce sont principalement les aides de l’État qui empêchent que les entreprises ne coulent.
Les perspectives pour l’année à venir
La fin des aides publiques et le remboursement des PGE devraient révéler au printemps prochain des entreprises en grande difficulté. Cela concerne, selon le rapport du Conseil d'Analyse Économique, les entreprises victimes de l’"effet de rattrapage". C'est-à-dire, celles qui auraient dû entrer en faillite cette année même s’il n’y avait pas eu de pandémie mais qui ont survécu grâce aux facilités de crédit octroyées. Cela concerne également celles qui étaient solvables avant la crise mais dont l’activité a été affectée durablement et qui se sont fortement endettées.
L’étude du conseil d’analyse prévoit que la trop importante contraction de dette de la part du secteur privé pourrait conduire à une hausse de 26 % du risque de défaillance à partir de l’an prochain. La Direction générale du Trésor et de l’OFCE estiment que le nombre de défaillance dans les secteurs les plus touchés comme l’hébergement et la restauration pourrait être 25 % plus élevé en 2021 qu'en 2018 et 2019. Par ailleurs, les ouvertures de procédures dans les tribunaux de commerce devraient se multiplier au risque de provoquer un engorgement en cas de mauvaise gestion.
Absence de phénomène de zombification
Néanmoins, le conseil d’analyse économique (CAE), ne partage pas l'opinion de la Banque de France sur un point : il ne considère pas qu’il a eu un phénomène de "zombification" de l’économie mais seulement de "mise en hibernation". Les auteurs de cette note estiment que "les mêmes facteurs (la dette et la productivité́ du travail au premier rang) qui prédisaient en 2019 quelles entreprises entraient en défaillance demeurent à l’œuvre en 2020 [et] l’impact différencié́ du Covid joue peu par rapport aux facteurs propres à l’entreprise". En d’autres termes, les entreprises en état de défaillance cette année étaient déjà fragilisées l’an dernier. Si bien que, selon les analystes, les mesures mises en place par le gouvernement ont eu l'effet escompté puisqu'elles ont permis de maintenir en vie les entreprises productives, victimes de la crise.
Le CAE incite néanmoins l'État à ne pas essayer d'empêcher l'effet de rattrapage nécessaire pour le maintien de la productivité l'an prochain, et à ne pas tarder à cesser les aides. Il estime, par ailleurs, que pour empêcher les défaillances des entreprises viables en 2021, leur dette contractée auprès de l'État et des banques devra être restructurée.
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