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L'année 2021 vue par ... Eric Lombard, Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations

Politique économique / Eric Lombard / Caisse des dépots

Politique économique
Eric Lombard / Caisse des dépots

L'année 2021 vue par… Éric Lombard, Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations

Comme chaque année des dirigeants de grands groupes internationaux, des banquiers et des économistes de renom dégagent les grandes tendances qui s'annoncent pour le millésime à venir. Ce matin, Éric Lombard, Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations, nous livre son sentiment sur ce qui nous attend en 2021 après une année 2020 que personne ne regrettera.
Eric Lombard
Eric Lombard

 

Pensez-vous que le rebond de la croissance sera plus fort qu’attendu ?

Le début de l’année 2021 restera difficile. Le virus circule encore trop rapidement, ce qui entraîne des phases de durcissement et de relâchement des mesures sanitaires. Le déploiement du vaccin prendra du temps. C’est un environnement difficile pour les acteurs économiques. Cependant, l’économie a beaucoup mieux résisté pendant le deuxième confinement, à l’exception malheureusement des professions du spectacle, des activités touristiques, des bars et des restaurants. Cela devrait permettre à l’économie de faire mieux en deuxième partie de 2021, mais le profil du rebond risque d’être moins dynamique qu’espéré.

 

Quelles mesures fortes attendez-vous de Joe Biden après son entrée en fonctions ?

Les premières mesures sont déjà annoncées ! Retour dans l’accord de Paris et mise en place d’une administration ouverte au dialogue. Mais il ne faut pas attendre de miracle : la politique de containment de la Chine et de relative ignorance de l’Europe correspondent aux choix fondamentaux des États-Unis, cela ne va pas changer. Le Sénat – sauf surprise en Géorgie - restera un obstacle puissant aux réformes. Mais rien de cela ne fera regretter Trump et l’influence qu’il a exercée sur un certain nombre de dirigeants qui considèrent la démocratie comme un accident de l’histoire.

 

Quel est votre pronostic sur un deal ou pas dans la cadre du Brexit ?

L’Europe a intérêt à parvenir à un accord. La Grande-Bretagne plus encore. Un accord devrait donc être trouvé, au plus tard dans les premières semaines de 2021. Mais il peut y avoir un accident… je recommande à cet égard la lecture de l’excellent Graham Allison sur le piège de Thucydide qui analyse la relation entre Athènes et Sparte : ces deux puissances auraient pu coopérer, la défiance les a entraînées dans un conflit qui les a détruites. Allison a relevé une vingtaine de situations de ce type dans l’histoire, la plus récente plaçant la Chine et les USA face à face.

 

En 2021, les entreprises auront moins de soutien de l’état. Craignez-vous une forte hausse des défaillances ?

Il y aura inévitablement une hausse des défaillances. Il faudra tout faire pour éviter qu’une entreprise qui a un projet et des clients ne fasse défaut parce que les fonds propres ou les financements ne sont pas disponibles au moment crucial. C’est tout l’objet des dispositifs que nous avons mis en place avec la Banque des Territoires et Bpifrance, en dotant un grand nombre de fonds des moyens d’investir pour apporter des fonds propres au capital des entreprises. J’ai bon espoir que nous pourrons limiter ces défaillances, car dans le cas contraire c’est la capacité de rebond évoquée plus haut qui se trouverait obérée.

 

Pensez-vous que le Plan de relance est bien adapté à la situation exceptionnelle de l’économie française ?

Le plan de relance est massif et il répond à nos principaux défis. Il est bien dimensionné si l’on considère que la crise a détruit de 50 à 70 milliards de fonds propres des entreprises. Nous sommes très attentifs à ce que le Premier ministre appelle sa territorialisation. L’État, avec les préfets et la Banque des Territoires, veille à associer les collectivités locales au travers de contrats territoriaux de relance et de transition écologique. La caisse des dépôts a injecté 26 milliards d'euros pour les investissements, nous veillons scrupuleusement à ce que les fonds retombent en pluie fine sur l’ensemble des territoires de la République. Ce plan doit aussi permettre à notre économie d’accélérer ses transitions, notamment en matière énergétique, écologique et digitale. Sur ce dernier point les confinements auront eu un effet d’accélération indéniable. Nous y participons notamment en accompagnant la mise en place de plateformes digitales pour les commerces de centre-ville. Il ne s’agit pas de penser uniquement relance mais bien transformation de notre pays.

 

Que pensez-vous de l’évolution des finances publiques ?

Quelques remarques simples. Le gouvernement a eu raison de faire passer le sauvetage de notre économie et de nos emplois avant la maîtrise de nos comptes publics. Cette dette ne pourra être réduite ni par des hausses d’impôts qui nuiraient à l’activité ni par une réduction drastique des dépenses sociales ou publiques compte tenu de notre faible capacité d’action en ce domaine. Donc nous allons porter cette dette, dont le coût est pour le moment faible, pendant plusieurs années. Mais cela ne fait que reporter sur les générations futures la question que nous n’avons pas su traiter qui est celle de la soutenabilité de notre modèle économique et social.

 

Dans votre entreprise allez-vous davantage prendre en compte les risques climatiques, sanitaires et environnementaux ?

Gérer l’argent des Français nous oblige et nous prenons systématiquement en compte la question du climat dans l’ensemble de nos activités. La Caisse et ses filiales sont très en pointe sur ces questions, et le contexte va nous aider à affiner encore davantage cette grille d’analyses.

 

Craignez-vous que la pandémie et son coût aient fait prendre à la France un retard difficile à rattraper ?

Si le développement économique est une régate, tous les bateaux ont subi la même tempête, et je pense que nous avons collectivement bien géré cette crise en comparaison de nos concurrents. Mais nous n’avons pas non plus rattrapé nos retards structurels qui existaient avant crise !

 

Vous attendez-vous à des changements de comportement de vos clients ?

Nos clients sont en majorité les élus et tous les acteurs du secteur public local, notre mission collective est d’accompagner la transformation du pays, nous allons donc les aider à structurer et financer leurs projets locaux en faisant preuve d’audace et d’innovation. J’ai ainsi eu l’occasion d’aller en Aquitaine pour vérifier l’avancement des travaux de ce qui sera la plus grande centrale photovoltaïque urbaine d’Europe dans laquelle la Banque des territoires a investi. C’est ce type de projet que nous aidons à émerger.

 

Redoutez-vous des crispations et des tensions au sein de la société française ?

Les tensions se manifestent en sortie de crise, et la société française est traversée par de nombreux conflits : les inégalités restent trop fortes et s’accentuent, entre les personnes et entre les territoires, notre système de formation s’adapte mais encore trop lentement, les mutations du monde inquiètent et sont mal comprises. Il sera essentiel en sortie de crise de maintenir un dialogue constant et renouvelé avec les citoyens.

 

Dans quelle mesure l’Europe pourrait faire un pas en avant en 2021 ?

Ce que je remarque c’est qu’avec cette crise, l'Union européenne en profite pour se moderniser, le pas supplémentaire en 2021 serait une gouvernance adaptée à ces temps de crise. Dans un monde incertain, la capacité de décision est clef, celle de l’Europe est faible comme les atermoiements dans la mise en place du plan de relance l’ont montré. C’est pourquoi il faudra élargir les thèmes qui peuvent être décidés par une majorité au lieu de l’unanimité (celui des ressources propres par exemple). Les sujets du moment sont fiscaux et budgétaires, ils doivent pouvoir être adoptés par une majorité des deux tiers. Certains pays de petite taille tirent un avantage indu de leur pouvoir de blocage.

 

Quel vœu formulez-vous pour la France en 2021 ?

Je rêve d’une France unie autour d’un projet partagé. Notre pays est tiraillé entre l’utopie révolutionnaire et la grandeur royale ou impériale passée. J’ai l’espoir que 2021 permette d’aller vers une nouvelle synthèse, où une économie forte soit au service d’une société durable et inclusive.

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