Publications, Résultats / Caisses des Dépôts / Eric Lombard / La Poste / la banque postale
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Caisses des Dépôts / Eric Lombard / La Poste / la banque postale
Éric Lombard commente les résultats et la stratégie de la Caisse des Dépôts pour WanSquare
Comment se situent les résultats de la Caisse des Dépôts pour 2020 ?
Pour l’année 2020 nos résultats sont en baisse significative mais ils restent positifs puisque nous affichons un bénéfice de 777 millions d’euros. Il s’agit là de la somme du résultat consolidé de la section générale et des résultats des fonds d’épargne que nous gérons par délégation du Ministère des Finances.
De quelle manière expliquez-vous ce recul ?
Les raisons de cette baisse sont logiques. Elles tiennent d’abord à la baisse des marchés financiers, car nous avons un important portefeuille d’actifs. À cela s’ajoute le recul de 40 % des dividendes, car nous sommes notamment actionnaires d’institutions financières qui n’ont pas pu faire de distribution. Enfin il y a les mauvais résultats de filiales opérationnelles qui ont été directement confrontées à la crise du Covid, comme Transdev, la Compagnie des Alpes ou La Poste.
En même temps le périmètre du groupe a beaucoup évolué ?
En effet puisque nous avons effectué un rapprochement avec La Poste dont les effets bilanciels sont positifs. L’impact financier de cette opération est de près de 1 milliard d’euros en 2020 lié notamment à l’extériorisation de plus-values latentes de la part de CNP Assurances. Cet effet exceptionnel compense la baisse des résultats de La Poste due à la baisse du courrier. Pour La Poste, l’effet positif de ces changements de périmètre est de 4 milliards d’euros.
Ce sont là des opérations purement comptables ?
Elles sont comptables mais elles traduisent aussi une réalité économique. Pour la Poste cela veut dire que ces plus-values latentes sont désormais dans son bilan. Donc ses fonds propres ont été nettement renforcés. Au regard du rôle essentiel joué par le Groupe La Poste auprès de nos citoyens, ce renforcement des fonds propres est bénéfique. Par ailleurs dans le bilan de la Caisse des Dépôts, notre montée au capital de La Poste et de CNP Assurances s’est traduite par un fort badwill, puisque le prix d’acquisition était inférieur aux fonds propres.
La Caisse des Dépôts détient toujours un gros portefeuille d'actions ?
Il y a nos participations dites stratégiques dans de grandes entreprises françaises comme RTE, GRT Gaz, Icade, la Compagnie des Alpes, Bpifrance… À cela s’ajoutent les participations que nous avons dans notre métier de gestions d’actifs de 200 milliards d’euros. Enfin, il faut compter les participations détenues par CNP Assurances.
" Nous avons un portefeuille de participations de 95 milliards d'euros "
Cela ne représente finalement qu’une petite part du CAC 40 ?
C’est proportionné à nos fonds propres. Car nous avons 51 milliards d’euros de fonds propres. À cela s’ajoute bien sûr un portefeuille de dettes à long terme. Mais dès lors que nous sommes très prudents, il serait déraisonnable d’avoir plus de deux fois nos fonds propres en actions. Comme tous les établissements financiers nous sommes soumis à des contraintes de solvabilité et de volatilité.
Quelle part de votre résultat allez-vous distribuer à l’État ?
Nous allons faire deux versements à l’État. D’abord la contribution représentative de l’impôt sur les sociétés (CRIS) qui est de 228 millions d’euros. À cela s’ajoute la moitié des résultats consolidés de la section générale, soit 286 millions. Au total cela représente 514 millions d’euros.
Mais vous ne versez rien sur la gestion des fonds d’épargne ?
Sur cette section, la tradition c’est que l’excédent, une fois qu’on a doté les fonds propres, est versé à l’État. Il se trouve que s’agissant de l’exercice 2019, en mars 2020, le Ministre de l’économie et des finances, anticipant les effets de la crise du Covid, a renoncé à ce versement. Et cette année, nous sommes très légèrement au-dessous de la cible de solvabilité. Ce qui constitue une raison pour ne rien verser à l’État.
Tous ces comptes ont été approuvés par la Commission de Surveillance ?
Bien sûr. Cela a été fait hier. Mais par ailleurs, j’ai un dialogue permanent avec la Commission de surveillance. Puisque nous nous voyons environ actuellement tous les quinze jours, compte tenu de la densité de sujets à traiter. Sinon le rythme habituel de ces réunions qui participent à la bonne gouvernance de la Caisse des Dépôts est mensuel.
En dehors des aspects comptables quel a été pour vous le principal point fort de l’exercice 2020 ?
Sans aucun doute, c’est notre engagement financier et humain dans la relance. Nous avions annoncé un investissement en capital de 26,3 milliards d’euros. Et à ce jour nous avons déjà engagé 7,8 milliards.
Ce qui est considérable et prouve qu’il y a beaucoup de projets à financer. Surtout dans l’habitat avec 3,6 milliards. Mais aussi dans le soutien aux entreprises pour 2,5 milliards d’euros à travers Bpifrance et la Banque des Territoires. La transition écologique, notre priorité, a représenté 1,4 milliard d’euros. Quant à la cohésion sociale, elle a bénéficié de 160 millions d’euros pour construire des Ehpads ou des centres de santé par exemple.
" Nous sommes la Maison de l'intérêt général des Français et du long terme "
Quel a été votre effort en termes de lutte contre le réchauffement climatique ?
Comme je l’ai dit, c’est notre priorité et toutes nos activités sont vues à travers cette grille de lecture. Nous sommes très actifs dans tout ce qui concerne la rénovation thermique des bâtiments. La Caisse des Dépôts a participé à la rénovation de 27 000 logements sociaux et 232 000 mètres carrés de bâtiments publics mais aussi à l’installation de nombreuses bornes de recharge électrique ou encore à la mise en place d’une ferme solaire sur le toit de la base sous-marine de Lorient !
La Caisse des Dépôts finance beaucoup de projets. C’est aussi la gestionnaire des Livrets A et l’actionnaire de la Poste, donc de la Banque Postale. Comment définir votre métier auprès des Français ?
Je dirais que la Caisse des Dépôts est la Maison de l’intérêt général et du long terme avec un mandat de développement territorial et d’inclusion. Tous les Français ont un rapport direct ou indirect avec la Caisse, par La Poste, par RTE qui distribue l’électricité, par GRT qui distribue le gaz ou par les activités des mairies.
Mais la Caisse des Dépôts n’est pas une marque ?
Ce sont des marques que les citoyens rencontrent dans leur quotidien, comme l’est la Banque des Territoires auprès des élus et comme le sont toutes nos filiales. Nous sommes un groupe fédéral et nous avons un très fort taux de notoriété auprès des Français. Nos valeurs et objectifs communs sont la confiance, l’amélioration de la vie quotidienne des Françaises et des Français et la transformation de notre pays.
Il y a souvent eu, par le passé, des débats sur l’aspect politique de la Caisse ?
Oui et j’observe avec plaisir que cette époque est révolue. On ne nous regarde plus comme le bras armé de l’État dans tel secteur d’activité ou dans telle opération financière. Mais comme un financeur des projets d’avenir et des territoires.
" Je réitère mon appel au dialogue entre les dirigeants de Veolia et Suez "
Il y a un mois, la Caisse des dépôts s’est abstenue lors du Conseil de Veolia délibérant de l’officialisation de l’OPA Sur Suez.
Je ne vais pas commenter des décisions de conseil. Je ne peux que réitérer mon souhait de voir Veolia et Suez se parler pour aboutir à un accord. Mais la nature de cet accord, s’il intervient, ne regarde que leurs dirigeants respectifs. Pour l’instant j’observe que Suez a récemment tendu une main à Veolia. Je réitère mon appel au dialogue entre les dirigeants des deux groupes.
Concernant Icade, quel est l'état des lieux ?
Icade a géré avec beaucoup de réactivité la pandémie. Elle a eu un comportement très citoyen en pratiquant des remises de loyers. La qualité de ses actifs reste remarquable. Icade a légèrement dépassé ses objectifs malgré la crise sanitaire qui a mis ses chantiers à l’arrêt en début d’année. Le résultat est resté positif et a été salué par les marchés.
Et Transdev ?
Transdev a perdu 46 % de fréquentation mais a tout mis en œuvre pour réduire l’impact économique avec une perte de 109 millions. Transdev regarde par ailleurs avec le plus grand intérêt l’ouverture à la concurrence de plusieurs lignes ferroviaires dans les régions françaises.
L'an passé vous avez pris le contrôle de la SFIL ?
C’est le fruit de longues discussions avec Bercy et c’est la suite logique de notre montée au capital de La Poste. Nous formons maintenant un continuum du service public aux Français. Je vous rappelle que SFIL est la septième banque française par la taille du bilan. Elle a deux activités essentielles, grâce à sa capacité d’émission sur les marchés obligataires internationaux : elle refinance l’activité de prêts de la Banque Postale aux collectivités locales et elle a un rôle important dans le financement de la grande exportation (notamment les navires, les grands projets…). SFIL est leader sur ces deux marchés depuis 2015 et 2016 respectivement.
La Poste et la Banque Postale ont dévoilé des plans stratégiques ambitieux. Comment êtes-vous impliqué dans ces initiatives ?
Dans le cadre du groupe fédéral qu’est la Caisse des Dépôts, c’est la responsabilité de Philippe Wahl pour la Poste et de Philippe Heim pour la Banque Postale de définir leurs stratégies. Comme nous avons des rencontres très régulières, bien sûr nous avons échangé sur ces sujets à plusieurs reprises. Ce qui est normal pour l’actionnaire que nous sommes dans la mesure où nous sommes attachés à la rentabilité de nos participations.
" Je poursuis la transformation de cette maison avec la mobilisation active de nos collaborateurs "
Quelles sont vos priorités pour 2021 ?
La relance économique et la transformation de notre pays encore et toujours, c’est le rôle qui nous est dévolu depuis plus de deux cents ans. Notre moteur tourne à plein régime et l’engagement des collaborateurs est total. Je veux qu’on investisse cette année la même somme que l’an passé. Et c’est plus difficile que cela en a l’air dans la mesure où je souhaite que cela se fasse de manière très capillaire avec des délégations d’investissement pour nos directions régionales en charge d’investir concrètement nos 26 milliards. Ce qui permet de traiter une quantité importante de petits dossiers et de répondre très finement aux besoins des élus et de nos autres clients. Par ailleurs nous avons de gros projets en matière de logement social. Tout en continuant à veiller à la rentabilité de notre institution dans un environnement de taux bas.
Et quid de la Poste ?
Comme vous le savez l’an passé a vu le courrier s’effondrer littéralement. Le service universel postal qui était bénéficiaire est devenu déficitaire. Comme c’est un service public, ce déficit doit être compensé par l’État. Nous sommes donc en pleine discussion avec les pouvoirs publics sur ce sujet majeur.
Enfin en interne ?
Je transforme cette Maison en mettant en place des procédures de suivi des risques très serrées. Il n’y avait pas jusqu’ici de direction centrale des risques. Idem pour le contrôle de gestion, la comptabilité analytique. Tous ces outils de pilotage participent de la transformation de la Caisse. À cela s’ajoute une université du management à laquelle je suis très attaché pour faire progresser nos talents. Tous ces outils participent à la transformation de la Caisse des dépôts avec la mobilisation active de nos collaborateurs.
Le livret A bénéficie toujours de l’épargne forcée ?
Bien sûr, puisque les fonds du Livret A que nous centralisons s’élèvent à 290 milliards d’euros. Ce qui est un record. Ce n’est pas forcément un cadeau compte tenu de la conjoncture des taux bas dans laquelle nous sommes.
Comment voyez-vous évoluer la conjoncture économique ?
L’inflation repart nettement tout en restant sous contrôle. C’est une bonne chose pour les détenteurs d’OAT indexées sur l’inflation que nous sommes. C’est aussi parfait pour gérer la réduction de la dette dans la durée et sans affolement. J’ai bon espoir, nous serons bientôt en phase de reprise après la récession historique de 2020. Dans ces conditions, il ne faut surtout rien faire qui affecte ce rebond. Il ne faut pas tuer cette reprise qui arrive, ni les assommer Français par des baisses d’allocations ou des hausses de prélèvements. Économiquement et socialement, ce ne serait pas tenable.
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