Macro-économie / Taux / Sénat / Maison Blanche / Joe Biden
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Sénat / Maison Blanche / Joe Biden
Que signifie la victoire des démocrates au Sénat pour l'économie US ?
La nuit de violence au Capitole mercredi soir, où des partisans de Trump ont envahi le Congrès pour tenter d'empêcher les élus d'entériner la victoire de Joe Biden aux présidentielles, aurait presque fait oublier une autre victoire, celle des sénateurs démocrates en Géorgie. Rappelons qu'aucun candidat n'était parvenu à obtenir plus de 50% des voix en novembre dernier dans cet État du sud-est des États-Unis, entraînant un nouveau scrutin ce 6 janvier. Et alors que les sondages donnaient les candidats républicains gagnants, ce sont finalement le pasteur démocrate Raphael Warnock (premier sénateur noir élu dans cet État du Sud) et le jeune journaliste de 33 ans Jon Ossoff qui l'ont emporté, à une courte majorité. La chambre haute du Congrès américain, contrôlée depuis 2014 par les républicains, a donc basculé dans le camp démocrate dans la nuit de mercredi à jeudi, donnant les plein pouvoirs à Joe Biden. Sur les 100 élus que compte le Sénat, 48 sont en effet désormais démocrates et deux indépendants, sachant que les indépendants votent généralement dans le camp démocrate. En cas d'égalité lors d'un vote, le partage sera fait par la voix prépondérante de la vice-présidente Kamala Harris.
"Ces élections partielles vont avoir un impact considérable sur les ambitions législatives du président", explique ainsi James Knightley, chef économiste international chez ING. "Avec une majorité démocrate au Sénat et la Chambre des représentants, Joe Biden aura la possibilité de faire passer son vaste paquet de mesures de soutien, destiné à relancer l'emploi, les investissements et les énergies vertes. S'il avait perdu, il aurait dû revoir son agenda au rabais, qui aurait même pu être bloqué une partie de son mandat", poursuit l'économiste. Certes, tout n'est pas gagné pour autant puisque la règle du fillibuster au Sénat réclame au moins soixante membres pour certaines décisions : les démocrates devront donc s'attirer les bonnes grâces d'une dizaine de républicains modérés pour pouvoir faire passer leurs lois. Par ailleurs, "dans chaque camp, il y a des sensibilités différentes voire des divisions", explique pour sa part Bruno Cavalier d'Oddo BHF. "Chez les démocrates, il y a peu en commun entre l'aile gauche (Bernie Sanders, Elizabeth Warren) et l'aile droite (Joe Manchin, élu de la Virginie occidentale, état très républicain)".
Cette situation politique favorable à Biden laisse présager une politique budgétaire qui interviendrait en deux temps, selon la presse américaine : d'abord, le plus rapidement possible, un relèvement du montant des chèques individuels à 2000 dollars, au lieu des 600 dollars prévus dans le paquet fiscal voté avant Noël. Viendra ensuite un plan jouant sur la fiscalité et les infrastructures. Au total, les démocrates devraient parvenir à faire passer un plan d'un montant de 750 milliards en 2021, selon les estimations de Goldman Sachs (dont 300 milliards de mesures de soutien, 200 milliards d'aides aux États fédéraux, 150 milliards de dollars de soutien aux chômeurs et 100 milliards d'aides diverses). Un montant de 3000 milliards est ensuite évoqué sur plusieurs années, mais le débat s'annonce plus compliqué sur ce sujet. Malgré ce montant de dépenses colossales, le projet initial de Biden devait engendrer une hausse du déficit de 2% "seulement" par an, grâce à une hausse du taux d'impôt sus les sociétés de 21% à 28%, un point qui devrait être assez controversé.
La victoire des démocrates au Sénat a conduit nombre de prévisionnistes à revoir leurs estimations de croissance à la hausse, anticipant des mesures budgétaires plus fortes que prévu. C'est le cas des équipes de Goldman Sachs, qui anticipent désormais une croissance de 6,4% l'an prochain (contre 5,9% initialement anticipés) et un taux de chômage qui devrait décliner plus vite que prévu aussi : selon eux, il devrait atteindre 4,8% à la fin de l'an prochain, puis 4,3% fin 2022 et 3,6% fin 2024.
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