Macro-économie / Taux / Etats-Unis / Treasuries
Macro-économie / Taux
Etats-Unis / Treasuries
Pourquoi le rendement des Treasuries s'envole
Les mauvais chiffres de l'emploi américain publiés vendredi n'ont visiblement pas affecté l'optimisme des investisseurs en obligations du Trésor concernant les perspectives de croissance du pays. La victoire des démocrates au Sénat jeudi a en effet suscité un très fort mouvement de vente des Treasuries et de hausse des rendements à dix ans, les investisseurs anticipant désormais un plan de relance plus important que prévu, avec Joe Biden assuré des pleins pouvoirs au Congrès. Le rendement des titres à dix ans a par conséquent progressé de 20% sur une semaine, passant de 0,8% lundi dernier à plus de 1,107% ce matin, un plus haut depuis le mois de mars.
"La hausse des taux avait commencé en fin d'année, avec la très mauvaise campagne de la candidate républicaine au Sénat en Géorgie. Mais la victoire du second candidat démocrate était moins attendue et a surpris les marchés dans le bon sens", explique ainsi Guillaume Martin, stratégiste chez Natixis. "Si on se projette dans le futur, le fait que Biden ait la majorité au Congrès pourrait signifier le vote d'un second stimulus dès la fin du premier trimestre", poursuit le stratégiste. Or, pour financer ce nouveau plan de relance, l'administration américaine va devoir émettre massivement de la dette. Le Trésor s'apprête à vendre 38 milliards de dollars de titres à 10 ans et 24 milliards de dollars de dette à 30 ans, ainsi qu'un montant record de 58 milliards de dollars de billets à trois ans.
Mais selon Guillaume Martin, cette hausse des taux (liée à un mouvement initial de vente des Treasuries, de la part d'investisseurs souhaitant prendre leurs gains, après avoir parié sur une hausse du cours des obligations de long terme en cas de statut quo ou de blocage au Sénat) devrait perdurer dans les prochains mois dans un contexte de regain d'inflation. Car l'important calendrier d'émissions destiné à financer le programme de relance va avoir un impact inflationniste, qui s'est déjà manifesté par une progression du taux d'inflation à 10 ans aux États-Unis, un indicateur du marché pour les prévisions annuelles d'inflation. "Il a grimpé de 10-15 points de base pour atteindre 2,15 % cette semaine pour la première fois depuis 2018", commente ainsi Guillaume Martin.
"À court terme et au fur et à mesure que le plan de relance va prendre forme, l'offre de Treasuries va progresser. Et plus le Trésor va émettre, moins la Fed va avoir besoin de le faire et moins elle aura également besoin d'acheter", poursuit le stratégiste, qui estime que d'autres types d'investisseurs pourraient remplacer la Fed sur les marchés. Les fonds de pension et assureurs pourraient ainsi se montrer plus friands de dette américaine à long terme, dont les rendements sont désormais beaucoup plus attractifs que d'autres titres souverains bien notés, tels que le Bund et l'OAT, toujours en territoire négatif. "Il devrait y avoir des flux acheteurs qui permettront de stabiliser les taux américains", estime encore le stratégiste. Natixis mise ainsi sur un taux US autour de 1,20% d'ici la fin du mois de février et compris entre 1,5% et 1,7 d'ici la fin de l'année.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

