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Matières premières
Pourquoi le prix des matières premières flambe
La hausse des matières premières depuis une dizaine de mois est assez sidérante, vu le contexte de pandémie mondiale, qui a entraîné l'an dernier un effondrement de la demande globale et de l'économie. Alors que 2020 a constitué la plus forte récession enregistrée depuis la crise de 1929, ce qui se traduit généralement par un phénomène déflationniste, le cours de nombreux métaux et matières premières agricoles a flambé en seconde partie d'année. Ainsi, entre avril et décembre 2020, le prix de la tonne de fer a doublé, de même que celui de la tonne de cuivre, tandis que l'indice Bloomberg Commodity a totalement effacé sa chute liée à l'épidémie. Cet indice est notamment composé d'environ 30% de matières premières liées à l'énergie, de plus de 20% de matières premières agricoles, de près de 20% de métaux industriels et de 20% de métaux précieux. Un indicateur diversifié donc et utile pour suivre l'évolution de l'ensemble du marché. Or, après avoir atteint un plus bas historique de moins de 60 en mars l'année dernière, il s'est depuis lors redressé au-dessus de 80.
Ce fort rebond de l'ensemble des matières premières est la conjonction de plusieurs facteurs, à commencer par le redémarrage très rapide de l'économie chinoise en seconde partie d'année 2020. Rappelons que le pays est le seul à avoir affiché un PIB positif l'an dernier, avec une croissance annuelle de 2,3% sur l'ensemble de l'année, et de 6,4% sur le seul dernier trimestre. La reprise de la production industrielle chinoise a notamment poussé à la hausse les cours du cuivre - les importations du pays dans ce métal, dont la Chine consomme à elle seule la moitié de la production mondiale, ont grimpé de 34% l'an dernier. Et la demande chinoise pour ce métal devrait s'accroître, puisqu'il est aussi celui de la transition énergétique, utilisé pour la fabrication de câbles et alternateurs électriques, alors que le pays s'est engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici 2060 . De manière plus globale d'ailleurs, "la transition énergétique, notamment dans les transports avec la montée en puissance de l'électrique et des batteries, devrait continuer de tirer les métaux comme le nickel, le cuivre ou l'aluminium", souligne Alexandre Baradez, responsable de l'analyse marché chez IG France. Autre signal de cette vitalité de la reprise industrielle chinoise, qui a également fait grimper le prix du fer, le fait que les aciéries du pays ont franchi pour la première fois le milliard de tonnes de production l'an passé.
La hausse plus spécifique des matières premières agricoles est la résultante d'un autre phénomène, directement lié à l'épidémie : la reconstitution par les pays de leurs stocks alimentaires, après avoir largement puisé dans leurs réserves pendant la période de confinement. "Les prix du maïs, du soja et du blé reviennent sur des niveaux non observés depuis 2013-2014", explique ainsi Laetitia Baldeschi, responsable des études et de la stratégie, CPR AM. Ce qui a notamment fait grimper l’indice des prix alimentaires globaux produit par la FAO (Food and Agriculture Organization), au plus haut depuis la fin 2014. "Plusieurs pays achètent massivement des céréales pour reconstituer des stocks stratégiques, dans lesquels ils ont puisé lors de la crise covid", explique encore la responsable. D'autres, tels que la Chine visent même à se reconstituer des stocks encore plus importants que leurs niveaux de fin 2019, afin de se constituer une réserve de précaution en cas d'irruption d'une nouvelle pandémie.
Enfin, la hausse du cours des matières premières est notamment la résultante de décisions de politique économique locale de la part de dirigeants décidés à protéger leur économie en priorité, après la terrible année 2020. Ainsi, "afin de limiter l’inflation domestique, la Russie a mis en place une hausse des taxes à l’exportation pour le blé de 50 euros la tonne du 1er mars au 30 juin", explique encore Laetitia Baldeschi, de CPR AM. Or le pays est de loin le premier exportateur mondial de blé. La Russie va également mettre en place une taxe de 10 euros la tonne pour les exportations d’orge et de 25 euros pour les exportations de maïs. La Russie envisagerait de rendre ces taxes à l’exportation permanentes mais, possiblement avec une formule différente. L'Argentine, quant à elle, a suspendu ses exportations de maïs jusqu’au 28 février (c’est le 3ème exportateur mondial), notamment pour s’assurer que son industrie de la viande aura suffisamment de céréales mais également pour limiter la hausse des prix…
Cette hausse des cours n'a pas encore impacté le taux d'inflation, même si les anticipations commencent à se redresser. Mais l'évolution globale des prix sera certainement un sujet d'attention des banques centrales dans les prochains mois, conclut pour sa part Alexandre Baredez.
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