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La Chine dévoile ses priorités économiques pour 2021
C'est aujourd'hui que s'ouvre la session parlementaire chinoise, grand raout politique annuel du parti communiste, au cours duquel les 3000 députés du pays se retrouvent pour discuter des priorités économiques de l'Empire du Milieu à court et moyen termes. L'événement, initialement prévu en mai 2020, avait été reporté au mois de mars en raison de la pandémie. Pandémie dont la Chine est le seul pays au monde à être sorti sans récession, puisque le PIB du pays a progressé de 2,3% en 2020. L'an dernier, la Chine s'était justement abstenue pour la première fois de se fixer un objectif de croissance vu les circonstances sanitaires, et beaucoup d'analystes estimaient que le pays ne s'en fixerait pas non plus pour 2021. "Cette session parlementaire sera l'occasion de connaître la façon dont les autorités chinoises envisagent l'évolution de leur économie ; ils ne devraient une nouvelle fois pas donner d'objectif de croissance pour 2021", expliquaient hier dans une note Jianwei Xu et Alicia Garcia Herrero, stratégistes chez Natixis.
Or, à la surprise de tous, le premier ministre Li Keqiang dans son discours d'introduction a expliqué que la Chine viserait une croissance de plus de 6% pour cette année. "L'objectif très faible fixé par le gouvernement alors que le consensus tournait autour de 7% et que nous anticipions 8% [le FMI prévoit une croissance de 8,1%, ndlr] revient presque à ne pas donner d'objectif de croissance du tout. Mais lorsque l'on observe les autres statistiques dévoilées par les autorités, tel qu'un déficit de 3,2%, et que le gouvernement explique dans le même temps que le principal usage des dépenses ira à la stabilité de l'emploi, alors je m'inquiète que ce faible objectif de croissance soit en fait le signal d'un potentiel scénario de retour de la pandémie", explique pour sa part Iris Pang, économiste chez ING. Autre façon d'interpréter ce chiffre plus faible qu'attendu : la volonté des autorités chinoises de diversifier leur économie, afin d'en faire un modèle moins tourné vers la demande extérieure. Une stratégie d'autant plus justifiée que la pandémie a entraîné un ralentissement des échanges mondiaux lié à la fermeture de nombreuses frontières. "Pékin est en train de s'orienter vers une croissance plus qualitative que quantitative", explique ainsi Chaoping Zhu de JP Morgan AM, dans une note.
Autre preuve de ce changement de paradigme économique, l'attention portée à l'environnement. Le Premier ministre a ainsi annoncé que le pays s'efforcerait de réduire sa consommation d'énergie à hauteur de 3% du PIB, tandis que 70% du chauffage des régions du Nord devra provenir d'énergies renouvelables. Par ailleurs Li Keqiang a promis de réduire les émissions de carbone par unité de production de 18 % au cours des cinq prochaines années "Ces objectifs représentent le début d'une politique pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2060, comme le pays s'y est engagé", explique encore Iris Pang. Mais le chantier pour y parvenir sera immense alors que 60% de l'énergie du pays provient encore du charbon et que la Chine représente la plus grande source de pollution industrielle au monde.
Autre priorité dévoilée par le Premier ministre hier soir, l'indépendance technologique. Le gouvernement s'est ainsi engagé à accroître ses dépenses en R&D à hauteur de 10,6%, afin d'atteindre son objectif d'indépendance d'ici 2030. Pékin soutiendra "la circulation de bien domestiques", a par ailleurs affirmé le Premier ministre chinois. Une façon de faire pression sur les industriels du pays pour les inciter à utiliser davantage de composants fabriqués en Chine et ainsi de réduire leur dépendance aux biens importés, quitte à ce que les coûts soient plus importants. Une injonction qui résulte à la fois de la crise sanitaire, et du risque de pénuries de composants qu'une nouvelle épidémie pourrait entraîner. Mais aussi de la volonté des autorités du pays de se prémunir contre un nouvel épisode de guerre commerciale.
Le Premier ministre enfin, a annoncé que les dépenses militaires augmenteraient de 6,8% cette année, à 1,4 trillion de yuans, soit 217 millions de dollars, dans un contexte de regain de tensions avec ses voisins et avec l'Inde et dans la perspective de concurrencer les puissances militaires russe et américaine.
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