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OCDE / croissance / Joe Biden / Plan de relance
Le plan de relance américain va aussi profiter au reste du monde
Le Sénat américain a approuvé samedi dernier le plan de relance de Joe Biden de 1900 milliards de dollars, à une courte majorité de 50 voix contre 49, permettant au texte de passer cette semaine devant la Chambre des représentants. Les députés démocrates, majoritaires, devraient à leur tour donner leur feu vert au plan. Le président américain pourra ensuite promulguer le texte, sans doute juste à temps puisque les versements de l'allocation chômage devaient être suspendus le 14 mars, ce qui aurait mis en difficultés des millions d'Américains bénéficiaires. Ce gigantesque plan de relance, qui comprend notamment des chèques de 1400 dollars pour des millions d'Américains, ainsi que 350 milliards de dollars d'aide aux Etats et aux collectivités locales, mais également des milliards de dollars pour lutter contre la pandémie, dont 49 milliards pour le dépistage et la recherche, en plus de 14 milliards pour la distribution du vaccin, va naturellement booster l'économie américaine, à hauteur de 3% à 4% du PIB dès cette année selon les prévisions de l'OCDE.
L'organisation prévoit ainsi une hausse du PIB américain de 6,5% cette année (une estimation de 3,3 points supérieure à celle prévue en décembre), soit la troisième plus forte croissance derrière l'Inde (12,6%) et la Chine (7,8%), et après une récession de 3,5% l'an dernier, l'une des plus faibles au monde également. Ce programme aura aussi un effet positif sur l'emploi américain, avec 2,5 à 3 millions d'emplois créés d'ici la fin de l'année. Mais son impact sera de courte durée : selon l'OCDE, l'effet se fera surtout sentir sur la consommation en 2021, mais devrait commencer à diminuer dès l'an prochain, "ce qui reflète la nature temporaire de ces dépenses supplémentaires", explique l'organisation.
Les Etats-Unis ne seront par ailleurs pas les seuls bénéficiaires de ce vaste plan de relance, qui, en boostant l'économie outre-Atlantique, aura par répercussion des effets bénéfiques par-delà les frontières américaines, selon l'économiste en chef de l'OCDE Laurence Boone. Ainsi, ces 1900 milliards de dollars auraient un impact de 1,25% à 1,5% sur la croissance canadienne et sur celle du Mexique, et de 0,25% à 0,5% sur le PIB de la zone euro et sur celui de la Chine. Il reste qu'un autre élément est à prendre en compte pour calculer les répercussions de ce programme de soutien dans le reste du monde : celui de la hausse des anticipations d'inflation et de la remontée rapide des taux d'intérêt américains. "La remontée des taux USA de près de 70 pb depuis le début de l'année est le résultat d'une forte hausse des anticipations d'inflation et d'une prise de conscience de la part des investisseurs que le plan de relance va donner un grand coup de fouet à l'économie américaine et entraîner une accélération de la croissance US", explique ainsi William de Vijlder, économiste en chef chez BNP Paribas.
Cette remontée des taux américains a eu des répercussions sur les taux souverains partout dans le monde, dont la zone euro, où le rendement du Bund a progressé de 40 pb depuis janvier. Or beaucoup d'analystes et de banquiers centraux redoutent désormais que cette hausse des taux souverains n'entraîne un durcissement des conditions financières, tuant la reprise dans l'oeuf. Autre potentielle victimes collatérales de cette hausse des taux US, les pays émergents. Selon l'OCDE, cette remontée des rendements US pourrait entraîner une fuite des capitaux des émergents et une hausse de la volatilité des devises de ces pays, comme au moment du "taper tantrum" de 2013. Rappelons qu'à l'époque, la Fed avait fait allusion à un ralentissement de ses achats d'actifs, entraînant une flambée du rendement des Treasuries. Certes, les pays émergents sont moins dépendants des financements extérieurs qu'en 2013 et le recours plus important aux capitaux privés compenserait une hausse de leurs coûts d'emprunts, estime l'organisation. Mais une hausse des prix encore plus forte que prévue, liée au plan de relance augmenterait le risque de déséquilibre pour les émergents.
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